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 Extraits du chapitre II

La science confirme

 

Des phénomènes « scientifiquement corrects »

Ainsi, la plupart des scientifiques ont été conduits à penser que les expériences à l’approche de la mort, ainsi que la décorporation qui les caractérise, n’existaient pas avant la publication du livre de Raymond Moody. En réalité, quelques travaux leur avaient déjà été consacrés, mais la barrière des a priori — fondée sur l’opinion que les EMI relevaient du mythe, de la religion, de la mystique, de l’ésotérisme, de l’affabulation, etc. — n’avait jamais permis de faire circuler l’information auprès d’un nombre suffisamment représentatif de scientifiques. De façon que, par effet de contagion, l’ensemble de la communauté soit alerté d’une possible scientificité de ces phénomènes.

Et justement, ceux qui mettent en doute, aujourd’hui, leur ancienneté sinon leur réalité, n’ont pas eu accès à cette information ou ne l’ont pas considérée avec l’ouverture d’esprit suffisante. Ils n’ont donc jamais pris connaissance de l’étude du géologue et alpiniste suisse Albert Heim (1892), de l’article du philosophe français Victor Egger (1895), de l’enquête du physicien anglais William Barret (1926), de celle des psychologues américains Karlis Osis et Erlendur Haraldsson (1962 et 1972) ou encore de celle d’un autre américain, le psychiatre David Rosen (1973)[1]. Ils ne savent sans doute pas que depuis la parution du livre de Raymond Moody, en 1975, plusieurs études ont été consacrées aux EMI, certaines ayant même eu le privilège d’une publication dans des revues scientifiques de référence. Qu’on en juge :

– De 1976 à 1979, afin de vérifier les affirmation de Moody, le psychologue américain, Kenneth Ring, recueille les témoignages détaillés de 102 personnes ayant apparemment approché la mort[2]. Son enquête prospective[3], menée essentiellement dans des services hospitaliers, confirme la découverte de Moody. Ring évalue à 39% le taux d’expérienceurs parmi son échantillon de rescapés d’un danger mortel.

– De 1976 à mars 1981, Michael Sabom, un cardiologue-réanimateur américain, secondé par une assistante sociale, Sarah Kreutziger, recense un total de 116 témoignages de rescapés d'un épisode de mort apparente[4]. Leur étude prospective confirme à son tour l’existence de ce phénomène inexpliqué, tel que décrit dans La vie après la vie, vécu par 43% des sujets interrogés. Le scepticisme initial de Sabom, parti en croisade contre les « élucubrations de Moody », est un élément particulièrement éloquent à porter au crédit de sa probité intellectuelle.

– En 1980, deux psychiatres américains, Bruce Greyson et Ian Stevenson, publient une étude portant sur 78 témoignages d'EMI recueillis par voie de presse ou par relations. Greyson proposera une échelle de notation, basée sur vingt-six items, permettant d’évaluer le degré de profondeur de l’expérience de mort imminente.

– En 1986, l’étude du pédiatre américain Melvin Morse[5], avec lequel nous avons déjà fait connaissance, parue dans l’American Journal of Diseases of Children, montre que les enfants ne sont pas épargnés par ce phénomène. Dans son échantillon, sur les douze enfants qui « avaient contemplé la mort en face » à la suite d'une maladie ou d'un accident, huit avaient vécu une expérience de mort imminente.

– En 1992, Bruce Greyson récidive avec la psychologue Nancy Bush et conduit une enquête sur les EMI à composantes négatives. Le compte rendu fait apparaître qu’elles représentent environ 5% des expériences de mort imminente. Toutefois, il relève que ce type d’expérience négative s’achève le plus souvent sur une note positive.

– En 1997, Kenneth Ring et Sharon Cooper, s’intéressent aux expériences de mort imminente vécues par des aveugles. Dans leur échantillon de 31 personnes atteintes de cécité, se trouvaient 16 expérienceurs et 5 sujets ayant connu une simple décorporation. Les conclusions de leur étude soulignent que les EMI vécues par les aveugles ne diffèrent pas du modèle standard ; y compris la vision autoscopique !

– En 2000, les médecins britanniques Sam Parnia et Peter Fenwick dirigent une enquête prospective, sur une année, auprès d’un échantillon de 63 survivants d’un arrêt cardiaque de l’hôpital général de Southampton. Le compte rendu publié en août 2001 dans le journal scientifique Resuscitation (« Réanimation ») fait apparaître un taux d’expérienceurs de 11,1% (échelle de Greyson).

– En décembre 2001, est publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, la vaste enquête du cardiologue néerlandais Pim Van Lommel. Cette étude menée sur treize ans, dans dix hôpitaux des Pays Bas, recense 344 patients victimes d’un arrêt cardiaque et réanimés dans l’urgence. L’échelle de Greyson montre que 12% (41 patients) ont vécu une EMI caractérisée et que 6% (21 patients) ont rapporté des éléments d’une EMI légère. Van Lommel confirme incidemment que les EMI des non-voyants sont semblables aux autres.

Ces quelques exemples, parmi les études les plus connues, indiquent à quel point l’information circule mal dans les milieux scientifiques, et plus précisément dans la communauté médicale. On aura noté que toutes ces investigations, conduites par des spécialistes reconnus, médecins ou psychologues pour la plupart, aboutissent au constat de l’existence d’un phénomène spécifique vécu dans des circonstances critiques par un nombre conséquent de sujets. Elles valident le tableau des caractéristiques présenté par Moody dans La vie après la vie, dont la vision autoscopique n’est pas la moindre. En revanche, aucune d’entre elles ne fournit de réponses quant à la nature du phénomène, ses causes exactes ou encore sa finalité, s’il en est une. Point notable, les enquêteurs estiment nécessaire de réviser le modèle biologique de la conscience, ses modes d’expression et, surtout, sa localisation. Car, bien évidemment, ce qui les a frappé en tout premier lieu, c’est la capacité de connaître et de mémoriser les événements en cause (réanimation, intervention chirurgicale, soins, etc.) alors même que le cerveau ne fonctionne plus. En effet, dans la plupart des cas, et de façon systématique pour les arrêts cardiaques supérieurs à cinq minutes, les capacités cognitives et mnésiques sont inopérantes en raison de l’interruption de l’irrigation cérébrale.

Notons encore, qu’en 1981, dans la foulée de l’étude initiale de Kenneth Ring, des scientifiques de diverses disciplines créent aux Etats-Unis une structure ayant pour objectif de faire la lumière sur ces mystérieux phénomènes. Cette structure, l'International Association for Near Death Studies[6], IANDS, est à l’origine de travaux de grande qualité qui font l’objet de publications régulières. En 1987, IANDS-France[7], filiale française juridiquement indépendante, est fondée et présidée par l’anthropologue Évelyne-Sarah Mercier. Cette association dynamique, qui s’est dotée de groupes de recherche performants, édite des bulletins et cahiers d’information, organise des débats, des conférences, des rencontres entre expérienceurs, intervient dans les médias, etc. En 1992, à l’occasion de la publication de La mort transfigurée[8], seul ouvrage français d’orientation scientifique à ce jour, l’association fournit les premiers résultats d’une enquête rétrospective menée auprès de 26 expérienceurs. Je me permets de conseiller avec insistance la lecture de ce compte rendu, particulièrement détaillé, aux sceptiques qui douteraient encore de la possibilité de conduire une étude sur les EMI dans un cadre scientifique. Ce même cadre qui, en France, a été celui de la soutenance de neuf thèses de médecine, discipline scientifique directement concernée s’il en est, dédiées aux EMI. Leur énumération aura-t-elle raison des dernières réticences ?

– Patrick Dewavrin : L’illumination mystique et la psychiatrie (Thèse de doctorat en médecine, Paris V, 1977). Les phénomènes de conscience à l'approche de la mort (Certificat d’études spéciales en psychiatrie, Paris V, 1980, 155 pages).

Françoise Meananteau et Corine Teulières Largeau, À l'approche de la mort : à propos de dix-neuf observations (Toulouse, 1982, 117 pages).

– Elisabeth Schnetzler et Frédéric Schmitt : Expériences de l'Imminence de la mort (Grenoble, 1983, 263 pages).

– Pierre Dayot : Expériences de l'Imminence de la mort, approche traditionnelle (Grenoble, 1984, 174 pages).

– Marie-Hélène Lindemann : Les états modifiés de conscience en situations extrêmes ou expériences de mort Imminente (Paris VII, 1991, 102 pages).

– Olivier Debas : Les expériences dites de mort imminente au cours des syncopes d’origine cardiaque (Lyon I, 1991, 127 pages).

– Didier Ammar : Expérience de Mort Imminente, réalités cliniques et thérapeutiques ? Tentative d'explication transdisciplinaire (Aix-Marseille II, 1993, 418 pages).

– Agnès Vivini-Wardrop : Recherches sur les expériences vécues au seuil de la mort (Bordeaux II, 1994, 113 pages).

– Sylvie Cafardy : Contribution de l'étude des Expériences de Mort Imminente à l'accompagnement des mourants (Angers, 1999, 335 pages)[9].


[1] La plupart de ces travaux font l’objet d’un commentaire dans La vie à corps perdu.

[2] Sur la frontière de la vie.

[3] Une enquête est dite prospective lorsqu’elle se fonde sur un échantillon de candidats indéterminé, à la différence d’une enquête rétrospective qui porte sur une catégorie préalablement définie. Dans le cas présent, Ring a recueilli les témoignages de tous les patients ayant connu un risque vital sans se préoccuper de savoir s’ils avaient ou non vécu une EMI.

[4] Souvenir de la mort.

[5] Des enfants dans la lumière de l’au-delà.

[6] Association internationale pour l'étude des états proches de la mort. http://www.iands.org/

[7] IANDS-France : http://www.iands-france.org

[8] Comme indiqué dans la note 3 du chapitre I, l’ouvrage est disponible à la commande sur le site Internet de IANDS-France.

[9] Cette dernière thèse fait état de nombreuses références à mon enquête initiale, mise à la disposition de Sylvie Cafardy, publiée par la suite sous le titre La vie à corps perdu.

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