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 Extraits du chapitre III

Entrouvrir la porte du paradigme

 

L’inexpliqué au quotidien

Vous êtes dubitatif ? Vous pensez que cette méconnaissance de la morphogenèse est un cas particulier, l’exception qui confirme la règle ? Qu’il n’y a pas lieu de croire que la nature nous dissimule encore quantité de secrets ? Pourtant, les exemples ne manquent pas. Ainsi qu’on le soulignait, chaque fois que la science décrypte une page du grand livre de la nature, de nouvelles interrogations émergent. Et il ne fait guère de doute que la réponse absolue, au bout du compte, relève d’une cause originelle inaccessible à la science. Ce n’est pas nouveau, les vitalistes du siècle passé opposaient cette même cause à la poussée des sciences positives, qui réduisaient l’énigme de la vie aux seules considérations physico-chimiques.

Alors prenons un autre exemple, aussi inexplicable que la morphogenèse mais relié d’une certaine façon à la génétique, laissant à penser qu’une énigmatique force gouverne la destinée des hommes… et des femmes. Interrogeons-nous sur cette merveilleuse mathématique du vivant, qui permet au genre humain de compter un taux équivalent d’individus des deux sexes en âge de procréer. Même lorsqu’un conflit meurtrier affecte durement la représentation masculine, les générations suivantes voient se rétablir l’équilibre. Il semble que la nature, avec des moyens subtils autant que mystérieux, s’applique à compenser la folie des hommes. Difficile de ne pas y discerner une sorte de volonté, de finalité, dont le véritable mobile nous échappe.

Si l’on s’en remettait aux lois de la probabilité appliquée aux grands nombres, les chiffres des naissances de filles et de garçons devraient être équivalents à peu de chose près. À 100 naissances de filles devrait correspondre grosso modo 100 naissances de garçons. Or, en prenant le cas de la France sur un siècle (1899-1998), et pour un peu plus de 74 millions de naissances, on compte 103,7 garçons pour 100 filles. Il n’y paraît pas mais cet écart de 3,7% est conséquent, significatif dirait le statisticien, puisqu’il intéresse près de 1,4 million d’individus mâles surnuméraires[1]. Fort opportunément, si l’on peut dire, cette différence est pratiquement gommée pour la tranche d’âge de la pleine maturité sexuelle des 20-25 ans, pour laquelle on recense 99,7 garçons pour 100 filles en moyenne sur la même période d’un siècle[2]. Cette loi de la nature qui impose un surplus de naissances de garçons afin de compenser les pertes futures, essentiellement imputables aux guerres, est une énigme fascinante qui, sauf erreur, n’a jamais été relevée à ce jour. L’analyse des courbes statistiques suggère que ces grands massacres organisés servent en quelque sorte de régulateur : lorsque le nombre d’hommes en âge de procréer, mais aussi de porter des armes, franchit un certain seuil, une guerre « opportune » vient rétablir l’équilibre.

Appréciés sous cet angle, les chiffres des deux dernières décennies sont plutôt inquiétants pour l’avenir. En effet, on y constate que le différentiel des naissances sur 20 ans, de 1979 à 1998, n’a jamais été aussi élevé : 105 garçons viennent au monde en France pour 100 filles ! Ces données démographiques ont-elles une valeur prédictive ? La réponse est-elle inscrite dans un futur proche ? Difficile à dire, mais la violence est manifestement en constante augmentation dans l’Hexagone depuis une bonne génération. Une possible confirmation pourrait venir de l’analyse des données démographiques de pays régulièrement en guerre, de même ceux où la frange de population la moins éduquée accepte mal la naissance d’une fille allant jusqu’à l’euthanasier. Si un taux élevé de naissances de filles, ou pour le moins équivalent à celui des garçons, s’avère un élément pacificateur, voici qui éclaire d’un jour nouveau la récurrence de conflits dévastateurs dans les pays où, euphémisme macabre, ces naissances ne sont pas désirées. Il reste à espérer que la sagesse des hommes, qui auraient manifestement avantage à s’inspirer de celle des femmes, démentira ces funestes interprétations.

Dans un tout autre domaine, l’énigme de la gravitation, dont nous subissons en permanence les exigences, est également révélatrice des incomplétudes de notre science. Il s’agit bien d’une énigme car ce phénomène nous est uniquement connu par ses effets. Pourtant, de toutes les lois physiques, la gravitation est celle dont notre existence dépend de la façon la plus manifeste. Si la chute des pommes, pour prendre un exemple célèbre, se produit toujours du haut vers le bas nous ignorons tout, en revanche, de la mécanique qui régit cette chute : action d’un hypothétique graviton ou conséquence de la déformation de l’espace/temps induite par un corps massif ? Le débat est d’actualité et la deuxième hypothèse semble recueillir les suffrages d’une majorité de spécialistes.

Ailleurs encore, dans le registre de la physique quantique, si nous pouvons vérifier l’exactitude de théories parfois vieilles de soixante ans, c’est pour mieux constater leur inadéquation dans le cadre des lois de la physique classique. Au regard de celles-ci, le comportement paradoxal des particules subatomiques est une véritable aberration. Des chercheurs viennent d’ailleurs de confirmer qu’au niveau des particules subatomiques les propriétés de la quatrième dimension, le temps, ne répondent pas à ces mêmes lois[3]. Pour faire bref, ils se sont rendus compte que certaines interactions particulaires se déroulent en un temps nul et quelle que soit la distance qui sépare les deux entités. De sorte que l’effet n’est plus séparé de la cause par une durée quelconque, aussi infime soit-elle. Ces aberrations, en totale violation des lois de la physique classique, n’empêchent pas, bien au contraire, notre technologie d’utiliser les spécificités quantiques dans d’innombrables applications professionnelles et domestiques.

À l’autre extrémité, celle de l’échelle astronomique, de nouvelles données imposent de rafistoler sans cesse notre bon vieux modèle du big bang, si efficace pourtant. Nous pensions avoir mis un terme à nos interrogations grâce à la théorie de la relativité d’Einstein et son espace/temps à quatre dimensions. Mais voici que la théorie des cordes, dont le projet est d’unifier les quatre forces fondamentales[4], postule un univers à 10 ou 11 dimensions. Ajoutons que la théorie prédisait un ralentissement de l’expansion de l’univers, alors que les dernières mesures indiquent son accélération ! On l’aura compris, nos lacunes dans la compréhension du fonctionnement de la nature, la liste est longue encore[5], imposent un minimum d’humilité. De celle-ci découlerait davantage de respect à l’égard d’autres vues théoriques, dont le vitalisme au premier chef.


 

[1] À titre indicatif, pour ce même pays, le bilan humain des deux conflits mondiaux est de 1,9 million de victimes, hommes et femmes confondus. Toutes les sources statistiques proviennent de l’étude Population en France publiée par l’Institut National d’Études Démographiques (INED).

[2] On relève même, en 1990, pour la tranche de la population française âgée de 25 ans, 436726 hommes pour 436931 femmes, un différentiel pratiquement nul cinq ans plus tard pour la même tranche d’âge : 445060 hommes et 445092 femmes.

[3] Expérimentation menée en 2001 par l’équipe des physiciens Nicolas Gisin et Antoine Suarez, au laboratoire du CERN de Genève. En 1982, une célèbre expérience du physicien français Alain Aspect avait déjà souligné les capacités de communication en temps nul des particules subatomiques.

[4] Il s’agit de la gravitation, de la force électromagnétique, de la force nucléaire faible et de la force nucléaire forte qui, selon la théorie du big bang, ne formaient qu’une seule force aux tout premiers instants de l’univers.

[5] Le rêve est un des grands mystères de la « mécanique humaine » qui nous concerne quotidiennement. Dans le seul domaine des neurosciences on pourrait également citer l’énigme de l’hypnose, des maladies psychosomatiques, du fonctionnement de la mémoire, etc.

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