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Extraits du chapitre IV

La décorporation objet de science ?

 

L’énigme de la mémoire

Le modèle scientifique actuel ne permet pas le décryptage des éléments paranormaux énumérés ci-dessus. Toute argumentation rationnelle sur ce sujet étant bannie du cadre officiel, l’enquêteur mesure rapidement l’ampleur du dilemme à résoudre. Il peut opter pour le paradoxe du sceptique, ainsi que je qualifie cette attitude en réponse à la découverte des propriétés du gyrus angulaire. Celle-ci consiste à reconnaître la pertinence scientifique de l’électrostimulation corticale, la cause, en rejetant simultanément ses implications dérangeantes, l’effet, à savoir la vision autoscopique. Ce qui revient à nier l’évidence des faits et à se satisfaire du statu quo ; résignation qui ne résoudra rien d’un problème qui resurgira tôt ou tard. Mais ce même enquêteur peut également outrepasser les limites du cadre conventionnel et s’enhardir à examiner les hypothèses qui se présentent à lui. Au risque de passer pour un iconoclaste ou pour un illuminé, il sera alors amené à explorer des concepts que l’on qualifie volontiers d’exotiques. Personnellement, j’ai mesuré les conséquences de ce risque et je les accepte volontiers. Je n’en souhaite pas moins que les propos qui suivent soient accueillis avec un esprit ouvert, dégagé autant qu’il est possible des a priori préjudiciables à une honnête évaluation.

Ces précautions formulées, considérons les points 4 et 5 de l’inventaire des caractéristiques paranormales. On y constate que lors de ces états modifiés de conscience transcendants les fonctions intellectuelles, affectives et mnésiques se situent hors du corps simultanément au sentiment d’identité. Cette notion de conscience extracorporelle, à laquelle s’ajoute une inexplicable fonction visuelle, est en contradiction totale avec notre façon d’appréhender le fonctionnement cérébral. Aucun modèle conventionnel n’expliquera jamais la mémorisation d’une expérience de mort imminente par un sujet inconscient, parfois plongé dans un coma profond ou présentant les signes majeurs de la mort biologique. Certaines enquêtes de grande envergure, particulièrement celle de Sam Parnia et celle de Pim Van Lommel, recensent des sujets pour lesquels il est avéré que l’activité cérébrale était nulle au moment de leur expérience de mort imminente ; à l’instar du cas de Pam Reynolds évoqué au premier chapitre. Si aucune activité électrique cérébrale n’était décelable dans leur cerveau, comment le souvenir de ce vécu, dont la vision autoscopique n’est pas le moindre élément, pouvait-il s’y graver ?

La neurophysiologie, sans avoir pu déchiffrer l’ensemble des mécanismes en cause, souligne que les fonctions de la mémoire à court terme se situent au niveau du cortex, dans les aires associatives. L’hippocampe est également l’une des diverses formations corticales directement concernée par le processus mnésique. Pourtant, on a découvert que l’ablation de ce même hippocampe n’empêchait pas la mémorisation de nouveaux apprentissages ! Ce qui est aussi inattendu que révélateur du rôle « subalterne », mais néanmoins vital, de notre cerveau. Expliquer cette étonnante faculté d’adaptation par l’exceptionnelle plasticité[1] du cerveau c’est déjà reconnaître que les choses sont plus complexes qu’il y paraît. Quant à la mémoire à long terme, si les neuroscientifiques se perdent en conjectures ils ne perdent pas foi, pour autant, dans leurs hypothèses électrochimiques.

La vision autoscopique semble pourtant démentir l’idée d’un fonctionnement exclusivement électrochimique de la mémoire. Elle laisse entendre que le cerveau est assurément utilisé dans le rappel du souvenir, mais certainement pas dans son acquisition et son stockage. Il est évident, toutefois, que ceux qui rapportent un vécu de décorporation le possèdent d’une quelconque façon en mémoire ; ne serait-ce que le temps d’y penser ou encore celui de l’exprimer. Mais cette évidence ne fournit aucune indication quant au siège où sont détenus les éléments du souvenir. Cette mémorisation d’informations provenues d’une conscience extracorporelle, donc située hors du cerveau, s’avère un problème insoluble du point de vue des neurosciences. D’autant que le destinataire de l’information est présumé inconscient et que, parfois, les événements qu’il décrit après son épisode de décorporation sont corroborés par des tiers alors présents sur les lieux.

On se rend bien compte que pour sortir de cette impasse il est nécessaire de contourner le modèle de référence habituel, celui qui nous sert à appréhender les lois de la matière. La solution s’impose alors d’elle-même : la gestion de la mémoire n’est pas assurée par le cerveau ! Autrement dit, il n’y a pas d’aire de stockage de la mémoire à long terme au cœur des circonvolutions cérébrales. Pas davantage, par exemple, que la mémoire d’un ordinateur de bureau ne se trouve à l’intérieur de l’écran sur lequel s’affiche les informations contenues dans le disque dur. On peut cependant concevoir le cerveau comme un magasin de stockage annexe, éventuellement doté d’une bibliothèque de données limitée à la mémoire à court terme. Mais il n’assure ni l’acquisition, ni l’analyse, ni le classement des informations recueillies par son « propriétaire » dans le but de les conserver sur une longue période.

Poursuivant cette logique, complètement saugrenue aux yeux des gens de raison, on en vient à se dire que si le processus de mémorisation ne dépend pas du cerveau il relève forcément d’une structure située ailleurs. Cette lapalissade pour souligner à nouveau que la « mécanique » de la mémoire, à l’instar de celle de la conscience, est indépendante de l’organe qui en permet la restitution. Mais alors, cet « ailleurs de la mémoire » où se trouve-t-il ?

Le véritable support de nos facultés mnésiques, auxquelles s’ajoutent certainement les aptitudes extrasensorielles, ne peut se situer que dans un type d’univers dont les dimensions cachées englobent le nôtre[2]. Dans l’état ordinaire de conscience ces dimensions sont inaccessibles à nos sens et aux instruments d’investigation qui les prolongent. Inutile, donc, de rechercher un support physique observable, apte à l’investigation scientifique. Il faut le souligner encore, même si cette proposition paraît complètement loufoque, aucune alternative ne permet d’expliquer, à ce jour, la mémorisation du vécu d’une expérience de mort imminente, y compris la décorporation, chez un sujet dont le tracé EEG était plat à ce moment-là. Une telle hypothèse amène à penser qu’il existe quelque part ailleurs un métasystème d’où proviennent toutes les informations inhérentes à la conscience humaine, voire animale, végétale et même minérale, données mnésiques et affectives incluses. Ce métasystème sera dénommé ici supraconscience.


 

[1] La recherche neuroscientifique a mis au jour les surprenantes capacités adaptatives du cerveau. Cet organe est capable de surmonter certaines déficiences résultant d’une atteinte fonctionnelle, par le développement de nouvelles structures qui prennent progressivement le relais de la fonction défaillante. C’est le cas, par exemple, lors d’un grave traumatisme qui lèse irréversiblement une aire motrice dont la fonction est assurée, après rééducation, par une autre formation de neurones ; a l’instar de ce qui se passe avec l’ablation de l’hip­pocampe lorsque la fonction mnésique est récupérée par la suite. Il n’empêche que le développement de nouveaux réseaux synaptiques, moteur de cette plasticité, relève d’une « mécanique » inconnue jusqu’à présent (les synapses sont des connexions électrochimiques qui assurent la transmission de l’influx nerveux d’un neurone à l’autre).

[2] Ce type d’univers s’apparente à celui que décrit la théorie de la cinquième dimension, élaborée par le docteur Jean-Pierre Jourdan ; voir La vie à corps perdu, page 264.

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