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Extraits du chapitre V

La parapsychologie

 

La parapsychologie, nouvelle science du paranormal

Près d’un demi-siècle après la création de la SPR, les métapsychistes n’avaient pas levé l’ambiguïté qui plombait la question du spiritisme. Malgré tout, l’existence de réalités cachées restait une certitude partagée par l’ensemble des chercheurs. Ce que laissent transparaître leurs comptes rendus relatifs à des faits de télépathie, de clairvoyance ou encore de rêves prémonitoires. Mais comment fallait-ils les interpréter ? À partir de quel modèle ? Celui-ci faisait cruellement défaut car la recherche métapsychique, jusque-là essentiellement préoccupée d’enquêter sur le terrain du spiritisme, n’avait pas clairement délimité le cadre de son exercice et ne s’était pas dotée d’outils de mesure adéquats.

La parapsychologie, discipline qui a pour ambition de réconcilier les sciences de la matière avec celles de l’esprit, tentera de combler cette lacune. Le mot parapsychologie aurait été créé en juin 1889 par le psychologue allemand Max Dessoir[1], mais la vulgarisation du terme parapsychology revient sans conteste à William Mac Dougall, véritable pionnier en ce domaine. En 1927, alors psychologue à l’université Duke, en Caroline du Nord, il offre à un jeune collègue, Joseph Banks Rhine, et à son épouse Louisa, le soin de diriger son laboratoire. Rhine comprend très vite que la lumière de la vérité scientifique ne peut émerger de l’obscurité des travaux spirites. Le lieu de la recherche sur les manifestations paranormales sera désormais celui du laboratoire.

Le premier mérite de Rhine sera de démythifier l’étude des manifestations paranormales et de leur offrir une légitimité scientifique en recourant à la modélisation mathématique, science dure par excellence. Outre le traitement statistique auquel seront désormais soumis les phénomènes psi, il établira clairement les limites théoriques du domaine de leur étude. Celle-ci sera orientée vers quatre grands thèmes :

– La télépathie : transmission d’informations entre deux sujets, sans utiliser le canal des sens ordinaires ;

– la précognition : prévision d’un événement futur ;

– la clairvoyance : acquisition, sans lien sensoriel ou physique, d’une information sur un événement qui se déroule à distance ;

– la psychokinésie ou télékinésie : action mentale sur la matière, inexplicable par les lois physiques connues.

Le cadre ainsi défini par Rhine s’inscrivait, on l’a souligné, dans l’ambiance particulière d’une fin d’époque longtemps préoccupée de trouver une réponse aux manifestations spirites. Si l’étude des phénomènes paranormaux n’avait pas attendu la méthode statistique mise au point par Rhine, l’approche de celui-ci se voulait malgré tout plus scientifique que les études phénoménologiques de ses prédécesseurs. Il n’empêche, les prodigieuses facultés concédées aux médiums spirites : précognition, clairvoyance, télépathie et psychokinèse, étaient bel et bien les mobiles de la nouvelle discipline. Cette empreinte du spiritisme marquera longtemps le parcours de la parapsychologie et nuira sans doute à la reconnaissance de ses prétentions scientifiques.

Les expérimentations menées au laboratoire de Rhine, qui sera le premier à utiliser les fameuses cartes réalisées par son assistant Zener, consistaient en de longues séries répétitives de tests destinés à évaluer les facultés de perception extrasensorielle du percipient. Les résultats étaient ensuite traités statistiquement afin de mettre en évidence un effet psi significatif, c’est à dire supérieur à ce que l’on pouvait déduire du simple hasard. Cependant, l’innovation de Rhine, quoique témoignant d’une réelle volonté d’objectivité, n’a pas échappé à la critique. Non seulement il a été suspecté d’avoir lui-même fraudé, mais cette méthode impersonnelle et la froide analyse qui s’en suivait, réduite à des coefficients chiffrés, paraissait peu compatible avec les facteurs parapsychiques, forcément labiles, supposés engendrer ces phénomènes.

Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire à propos de quelques-uns de ces facteurs, particulièrement ceux liés à la psychokinèse. Dans les années 1960-70, par exemple, les démonstrations très médiatisées des pouvoirs psychokinétiques de présumés médiums[2] ont fortement contribué à discréditer la parapsychologie. Leurs show consistaient à tordre, à distance, des métaux (tiges et barres d’acier, aiguilles, couverts, clés, etc.) ou à arrêter des montres, horloges et autres pendules[3]. Des spectacles vivement critiqués tant par les scientifiques que par les illusionnistes professionnels. Ces derniers refusaient que l’on berne le public en concédant le sceau de la réalité à des tours de passe-passe dont ils connaissaient parfaitement les ficelles (substitution d’objets, métaux à mémoire de forme). La légitimité de la parapsychologie a souffert de ces duperies, renforçant considérablement le désintérêt des scientifiques pour une hypothétique influence de l’esprit sur la matière. Ceci dit, relativement à l’hypothèse survivaliste déduite des EMI, la macroPK n’est pas de la première importance. En effet, dans le témoignage d’une décorporation il n’est jamais fait mention d’une quelconque capacité d’influer sur la matière, hors de rarissimes exceptions[4], celle-ci ayant perdu toute consistance.


 

[1] Information donnée par Erik Pigani, Psi, page 99. James Alcock, pour sa part, attribue la paternité du mot au psychologue et philosophe français Émile Boirac en 1893 (Parapsychologie : science ou magie ? page 21).

[2] Le propos vise essentiellement l’israélien Uri Geller et le français Jean-Pierre Girard. Ils furent démasqués et retombèrent dans l’anonymat, malgré les tentatives de réhabilitation auxquelles s’emploie le dernier carré de leurs adeptes.

[3] Au cours d’une émission de télévision de grande audience, étalée sur deux heures et rassemblant cinq millions de téléspectateurs, il est tout à fait normal qu’une pendule ou une montre s’arrête de fonctionner dans quelques dizaines de foyers : 228 foyers exactement sur la base d’une pendule ou d’une montre dont la pile aurait une autonomie de 5 ans (voir le calcul plus bas). Ce qui suffit à alerter le standard téléphonique de l’émission et, dans l’élan, à valider les formidables pouvoirs de télékinésie du médium invité sur le plateau. Dommage qu’on ne lui ait jamais proposé de remettre en marche des pendules arrêtées… ou de les mettre à l’heure ! Pour obtenir le chiffre de 228 foyers, il suffit de diviser 5 millions (nombre de pendules) par la durée de vie de la pile calculée en heures (5x365x24 = 43.800) et de multiplier le résultat par deux puisque l’émission dure 2 heures => (5.000.000/43.800)2 = 228,31.

[4] J’ai relevé l’une de ces exceptions, invérifiable bien entendu, dans le livre de Robert Monroe, Le voyage hors du corps, pages 63 et 64. Lors d’une décorporation, l’auteur dit avoir interféré avec la matière, en l’occurrence la plastique d’une amie. Il l’aurait pincée sur le côté de l’abdomen, au point qu’elle en a gardé un hématome pendant plusieurs jours !

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