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Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'ignorance,
et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté,
si elle n'est pas éclairée.
Albert Camus, La peste, p. 106, Éditions Gallimard, Le livre de poche.

 

Avant-propos

Voici un peu plus de seize ans que la NDE[1] a fait irruption dans ma vie. Oui, vous savez, ce phénomène dont parlent certains rescapés de situations mortelles. Lors de ces instants dramatiques, ils seraient sortis de leur corps et auraient pu observer ce qui se passait autour de celui-ci. Ces mêmes rescapés, que l'on appelle expérienceurs, prétendent avoir parcouru un tunnel obscur, rencontré des proches défunts, vu défiler leur vie dans les moindres détails, pénétré dans une lumière étincelante d'amour et de bonté avant de revenir, à regret, dans leur corps.

Mon premier contact avec la NDE remonte donc à 1984, lorsqu'une amie m'a raconté le phénomène qu'elle venait de vivre deux heures plus tôt. Par la suite, j'ai rencontré d'autres expérienceurs. Ces personnes, qui ne se connaissaient absolument pas, me racontaient toutes la même histoire à peu de détails près. Je vous prie de croire que le choc fut rude pour le rationaliste que j'étais.

En effet, je me demandais de quel énigmatique trouble mental relevait ce délire collectif. Fallait-il mettre en cause la substance anesthésique utilisée lors de certaines interventions chirurgicales ? Mais tous ces gens n'avaient pas subi une anesthésie. Une autre drogue, illicite ? Un médicament peut-être ? Là encore, ceci ne concernait pas l'ensemble des témoins.

 Tenter d'éclaircir ce mystère me tenait à cœur. N'ayant aucune explication pertinente à proposer à mon amie, il me fallait tout d'abord trouver de la documentation. Mais en l'absence d'indices, vers quel type de publication orienter mon choix ?

Je n'ai pas eu à chercher bien longtemps. Le hasard, fidèle partenaire, m'a rapidement indiqué la bonne direction. De telle sorte que, très vite, j'ai eu en main le livre qui allait m'en apprendre davantage. En main n'est pas tout à fait l'expression exacte car ce livre a d'abord atterri sur mon pied. Je l'avais fait tomber lors d'une mise en ordre de ma bibliothèque. En le ramassant, je fus attiré par son titre accrocheur : La vie après la vie[2], écrit par un psychiatre américain, un certain docteur Raymond Moody.

L'ouvrage tombait à pic, si l'on peut dire, puisque l'auteur y exposait sa découverte d'un étrange phénomène qu'il avait baptisé NDE. Et c'était exactement celui que l'on m'avait décrit quelques temps auparavant.

Que faisait ce livre dans ma bibliothèque ? La facture insérée dans les premières pages m'apprit que je l'avais acheté, cinq ans plus tôt, par le biais du catalogue d'un éditeur par correspondance. Ayant sans doute dû en faire l'acquisition pour honorer mon engagement trimestriel, sans véritable motivation, je ne l'avais évidemment jamais ouvert. Errare... En tout cas, je savais désormais quelle direction devait prendre ma recherche.

Le hasard, toujours lui, continuait à mettre de l'huile dans les rouages. Ainsi, je rencontrais toujours les bonnes personnes au bon moment. Ou alors j'accédais à une information essentielle au détour d'un article ou d'un livre que l'on m'indiquait opportunément. Peu à peu, je parvenais à me constituer une solide documentation sur la question. Elle regroupait la quasi intégralité de la littérature en français consacrée à ce que l'on nomme, chez nous, Expériences de Mort Imminente, EMI en abrégé.

 Avec un peu de recul je me suis rendu compte que la plupart des ouvrages n'allaient pas vraiment au fond des choses. Les auteurs s'y limitaient souvent à transcrire des extraits de témoignages dont ils se servaient pour soutenir une idéologie discutable. Le pire de l'ésotérisme et du New-Age y côtoyait une orientation spirituelle sincère, mais faiblement étayée. Au final, hormis les ouvrages des spécialistes, d'un abord parfois difficile au néophyte, il m'est apparu que la question des EMI n'avait pas été abordée avec le meilleur sérieux et, à la fois, en direction d'un large public. Ce livre se propose donc de combler cette lacune dans une synthèse claire, et aussi objective qu'il se peut, des connaissances actuelles sur le thème des Expériences de Mort Imminente.

Le fil conducteur de l'ouvrage, parallèlement à la question des EMI, est l'hypothèse de la survie d'une forme de conscience. Mais entendons-nous bien. Il ne s'agit pas de déclarer péremptoirement que la mort est pure illusion et que nous allons connaître une existence radieuse après notre trépas. Là n'est pas le propos. Nous constaterons toutefois que cette hypothèse survivaliste repose sur des arguments robustes qui interdisent de la rejeter sans autre forme de procès, à la manière des rationalistes étroits. Un rejet qui, à mon sens, témoigne paradoxalement d'une attitude irrationnelle.

La raison devrait pourtant être interpellée dans le fait que la plupart de ces phénomènes surgissent précisément à l'approche d'un danger mortel. Comme si la conscience de la victime était en mesure, à cet ultime instant, de se séparer d'un corps jugé irrémédiablement perdu.

De telles considérations nous interrogent aussi sur le mystère de la mort, inséparable de celui des EMI, et sur la conception dramatisante que nos sociétés lui attribuent. De fait, la question qui transparaît en filigrane de l'ouvrage pourrait se formuler ainsi : à l'instant où le souffle de la vie prend congé de la matière putrescible, est-il possible que perdure une forme de conscience ? 

Au fil des pages une réponse s'imposera à certains avec évidence. D'autres devront faire abstraction de quelques certitudes. Mais nul doute que le lecteur, rendu au terme de l'ouvrage, porte un regard différent sur l'hypothèse d'une forme de survie dans une autre dimension de la réalité, celle de La vie à corps perdu.

 

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[1] De l'anglais Near Death Experience, littéralement : expérience à l'approche de la mort.
[2] Éditions Robert Laffont, 1977.

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