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EXTRAIT DU CHAPITRE VI

Les témoignages du présent

Des expérienceurs racontent...

La forme littéraire des précédents récits ajoute sans conteste à la qualité émotionnelle du témoignage. Il n'empêche que des expérienceurs anonymes sont eux aussi capables de narrations à la fois émouvantes et passionnantes. Dans les pages ci-après on prendra ainsi connaissance de récits qui m'ont été rapportés personnellement. Les deux premiers résultent d'entrevues établies dans le cadre de mon investigation, alors que les suivants me sont parvenus par courriers électroniques, prolongés pour deux d'entre eux par des rencontres avec leurs auteurs.

MARIE
Infirmière du service public, Marie exerce son activité dans un hôpital du sud de la France. D'un physique agréable et soigné, souriante et d'humeur joviale, elle est âgée d'une quarantaine d'années. J'ai fait sa connaissance par l'intermédiaire d'Angèle avec laquelle elle avait participé à un stage de formation. L'expérience à l'approche de la mort vécue par Marie, consécutive à un grave choc anaphylactique, se caractérise essentiellement par une phase de décorporation ; mais les répercussions d'ordre spirituel n'en sont pas moins présentes. La singularité de son témoignage provient de ce qu'il met en relief ces étonnantes facultés de la conscience de voir et d'entendre à partir d'un point situé hors du corps, alors même que le sujet ne donne plus signe de vie. C'était la première fois que Marie avait osé parler de son EMI, hormis un bref échange avec Angèle. À la différence de celle-ci, l'expérience que m'a racontée Marie avait eu lieu une vingtaine d'années auparavant, alors qu'elle exerçait dans un hôpital de la région parisienne. Elle avait très vite opté pour le silence car la réaction négative de son entourage, particulièrement celle de son mari, l'avait dissuadée d'en parler. De même que pour les autres témoins que j'ai interrogés je n'ai aucune raison de douter de la sincérité de ses propos. Ceux-ci ont été recueillis lors d'une interview filmée avec son autorisation.

Enquêteur : Pouvez-vous me raconter ce que vous avez vécu il y a... ?
Marie : Il y a vingt ans. À la suite d'une grave allergie, due à un produit médicamenteux, je me suis retrouvée dans le coma. Au départ je ne savais pas ce qui m'arrivait. J'étais dans le noir complet.
Au bout d'un certain temps, je ne peux pas dire exactement combien de temps, j'ai vu des gens autour de moi. Plein de gens que je reconnaissais. Je restais au-dessus de mon corps qui était allongé dans un lit. Parmi ces gens, beaucoup de médecins et des internes. Puisque je me trouvais justement dans le service de l'hôpital où je travaillais.
E : Vous avez donc observé ces gens qui étaient en-dessous de vous ?
M : J'étais au-dessus de mon corps, là-haut, au niveau du plafond et je les voyais par dessus. Et il y a une chose qui m'a beaucoup étonnée, c'est de voir ces gens, de voir leurs vêtements, leurs cheveux, etc., mais je ne voyais pas leur visage. Il n'y avait pas de trou à la place du visage, mais c'était noir. Il n'y avait rien. Il n'y avait pas de visage.
E : Vous pouviez voir ce qu'ils faisaient ?
M : Je voyais ce qu'ils faisaient. Et je les entendais parler. Je les entendais qui criaient : " Il n'y a plus de tension. Il n'y a plus de pulsations... Apporte les tonicardiaques. Vite ! Elle va mourir. Faites quelque chose ! " Et je les ai vu s'agiter. Ça courait dans tous les sens. Moi, en plus, au début, je ne comprenais pas trop ce qui se passait parce que je me sentais très bien. J'étais bien. J'étais dans du coton. J'étais au chaud. Je n'avais pas du tout envie qu'ils fassent quoi que ce soit. J'étais vraiment très très bien.
E : Cet accident allergique est donc survenu en plein service ?
M : En plein service, le matin. Il était sept heures et demie du matin et je m'apprêtais à faire une injection. Par la suite on m'a transportée dans un autre hôpital de la région parisienne où l'on m'a fait des tests. On s'est alors aperçu que j'étais allergique aux corticoïdes. Chose que j'ignorais totalement.
E : Lorsque ces gens se sont affolés autour de vous, quelle a été votre réaction ?
M : J'étais surprise. Très surprise. Car je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Je ne comprenais pas pourquoi ils s'affolaient. En fait, je ne comprenais pas du tout ce qui se passait. Moi j'étais en dehors de mon corps et je les regardais. Au départ, je ne comprenais pas du tout.
E : Vous n'avez aucun souvenir de vous être évanouie ?
M : Non, non. Mes premiers souvenirs remontent au moment où je me suis vue sur le lit. Mais à partir du moment où je suis tombée jusqu'au moment où je me suis retrouvée au-dessus de mon corps je ne sais pas ce qui s'est passé. Je me souviens d'être avec la seringue à la main et... Je ne me souviens pas d'avoir été emmenée ailleurs. Je revois bien la chambre où j'étais. C'est une chambre individuelle de mon service. Je me rappelle des personnes qui étaient présentes : le médecin-chef, les internes, les assistants, etc. Il y avait au moins une dizaine de personnes autour de moi. Mais le laps de temps entre les deux : non. C'était le noir complet.
E : Vous n'avez aucune idée de la durée de cette expérience ?
M : Non. Après on m'a transportée à l'hôpital général.
E : Qu'est-ce qu'on a transporté ?
M : Mon corps (pause)... et mon double. C'est à dire que lorsqu'ils m'ont transportée (pause)... je suivais mon corps. Ils m'ont mise dans l'ambulance et pendant tout le trajet j'étais au-dessus de mon corps et je rouspétais. Enfin (pause) ... je rouspétais... disons que je criais plutôt. Je leur hurlais de me foutre la paix, de me laisser tranquille. Je leur hurlais que j'étais très bien. Mais eux, ils n'entendaient rien.
E : Dans l'ambulance ?
M : Même dans l'ambulance. Je voulais ramener mon corps. Sortir de l'ambulance. Je ne voulais pas qu'ils m'emmènent. Parce que je savais très bien qu'en m'emmenant à cet hôpital ils allaient me mettre sous monitoring. Et je ne voulais pas. Je voulais qu'on me fiche la paix.
E : Est-ce qu'il y a un détail précis que vous auriez pu vérifier à l'époque ? Dans l'ambulance, par exemple, étiez-vous accompagnée ? Y avait-il des gens avec vous ?
M : Oui. Il y avait une personne à côté de moi et deux personnes devant.
E : Et vous étiez au-dessus de votre corps dans l'ambulance ? Pas au-dessus de l'ambulance ?
M : Non, dans l'ambulance. Mon esprit est rentré en même temps que mon corps dans l'ambulance.
E : Cette expérience s'est poursuivie lorsque vous êtes arrivée dans...
M : Voilà ! Alors j'ai suivi mon corps et ils l'ont sorti de l'ambulance. J'ai continué à le suivre dans les couloirs. Après je suis arrivée dans une pièce où j'étais seule avec plein d'instruments et d'appareils sophistiqués. Puis ils m'ont mise sous perfusion. J'étais déjà sous perfusion, mais ils en ont encore rajouté. Moi je leur hurlais de me ficher la paix. Ça m'épuisait parce que plus je criais, moins ils m'entendaient. Quand ils m'ont mise, après, sous le contrôle de ces machines, je luttais. Je sentais une lutte. J'essayais de me soustraire à ces machines.
E : Vous vouliez rester de l'autre côté ?
M : Ah oui ! J'étais très bien. Très très bien. Je ne sais pas comment vous dire. Je ne sais pas si vous avez connu les édredons de plumes ? Moi, j'ai toujours connu ça chez mes parents. Quand vous êtes là-dedans, bien au chaud, que ça vous recouvre bien... C'est la même sensation ! C'était très agréable et ça ne donnait pas du tout envie d'en sortir.
E : Vous entendiez parfaitement tout ce qui se passait ?
M : Ah oui ! Absolument.
E : Vous avez vu des gens de votre connaissance ?
M : Oui. Mais après. Pas tout de suite parce qu'ils avaient pas mal de problèmes à me brancher, à me raccorder au respirateur. Il y a mon mari qui est venu. Il y a également une collègue de travail qui est venue. Je les ai reconnus à leurs vêtements et à leurs voix. Pas à leurs visages. Je ne voyais aucun visage.
E : Cette visite a été confirmée par la suite ?
M : Ah oui ! Oui. J'ai posé des questions. Mais auparavant j'étais revenue dans mon corps, après une lutte acharnée contre les machines. Lorsque j'ai su que la machine était plus forte que moi, que ma conscience, je me suis sentie progressivement aspirée. Et aspirée par les pieds d'abord. Je ne voulais pas rentrer. Je luttais vraiment contre cette machine. Et c'est la tête qui est rentrée en dernier.
Et après je suis restée très longtemps dans le brouillard. (pause) Enfin je ne sais pas combien de temps, parce que je n'ai pas pu évaluer la durée ; je ne savais pas. Je me suis dit : " Tu as rêvé ! C'est pas possible ! Tu n'étais pas bien ! Tu n'étais pas bien ! " Comme après un cauchemar. Un truc comme ça. Il m'a fallu assez longtemps pour savoir où j'étais. Je me suis dit : " Tu vas te réveiller dans ton lit ! "
E : Et la confirmation de...
M : Oui, oui. Quand j'ai commencé à réaliser où j'étais je me suis dit : " Voilà quelque chose qui n'est pas normal ! Qu'est-ce qui s'est passé ? " Je ne comprenais plus rien. Et c'est peut-être deux jours après, lorsque mes esprits se sont remis un peu en place que je me suis dit : " C'est pas possible ! Tu as rêvé ! " Et il a fallu que je vérifie auprès des gens que j'avais vu autour de moi. Je leur ai posé des questions. Je leur ai dit : " Quand tu es venu me voir tu as dit quelque chose... " Et ils disaient : " Oui, mais comment le sais-tu ? " Et moi, je leur répondais : " Oh, je te pose juste la question pour savoir. Car il y a des choses qui me semblaient bizarres. " J'ai eu la confirmation de ce qui s'était passé et de ce que j'avais vu.
E : Et tout concordait ?
M : Tout concordait. Tout concordait. Oui.
E : Est-ce que vous avez discuté de ce phénomène par la suite ? Est-ce que vous vous êtes confiée rapidement ?
M : Non. Disons qu'au début, au bout de deux ou trois jours, j'avais envie d'en parler. C'est à ce moment-là que j'ai vérifié des choses. Quand j'ai vu la réaction des gens vis à vis des questions ça m'a stoppé un petit peu. Et après, vérification faite qu'on a pas rêvé, que c'est quelque chose qui vous est vraiment arrivé, on n'a plus tellement envie d'en parler. Personnellement, ça fait vingt ans et c'est la première fois que je réussis à en parler vraiment. Mais difficilement encore parce qu'on a l'impression de violer son intimité, de faire partir quelque chose de bien ancré. Parce qu'on est bien dans ces cas là, on se sent bien, on est à l'aise. On n'a plus envie de revenir parmi les gens, les vivants. C'est une chose à laquelle je pense tous les jours et j'avoue que rien que d'y penser je me sens bien pour la journée.
E : D'après-vous, peut-il s'agir d'une vision de " l'après-vie " ?
M : Moi je pense que oui. Parce qu'avant j'avais peur de la mort. C'était un sujet tabou dont je n'aimais pas parler. J'ai eu l'expérience douloureuse de la mort de ma grand-mère et j'ai été confrontée à cette mort. Je l'avais très très mal vécue à cette époque-là. C'était le grand chagrin. Et depuis cette histoire-là je ne vois plus du tout la mort de la même façon. Pour moi c'est la joie, c'est... (pause). Maintenant quand quelqu'un décède je suis plus peinée pour ceux qui restent que pour celui qui part. Parce que celui qui part va trouver quelque chose de bien.
E : Vous disiez tout à l'heure que vous aviez longtemps gardé cette expérience pour vous. N'y a-t-il pas là une part d'égoïsme ?
M : Peut-être, peut-être. Mais disons que c'est ancré en soi, ça fait partie de son intimité. Vis à vis des gens il y a quand même une barrière, il y a une frontière. La mort c'est difficile d'en parler, c'est tabou. Bon, maintenant, ça ne me gêne pas de parler de la mort. Mais ça, c'est encore ancré en moi. C'est vrai que c'est de l'égoïsme.
E : Ce serait plus facile d'en parler avec d'autres qui ont vécu le même phénomène ?
M : Ce serait peut-être plus facile. Enfin je ne sais pas. Mais j'ai trouvé ça tellement formidable, tellement sensationnel, que tous les jours j'y repense. Et c'est ce qui m'aide à vivre en fin de compte. Et c'est vrai que c'est dur pour moi de le faire partager avec quelqu'un. Même au bout de vingt ans.
E : Je sais qu'il y a peu de temps vous avez rencontré une personne que j'ai interviewée le mois dernier. C'est d'ailleurs elle qui nous a mis en relation. Elle a vécu une expérience très proche de la vôtre et elle vous en avait touché quelques mots, et vous de même. Vous êtes-vous sentie mieux comprise d'elle ?
M : Oui, absolument. Parce qu'on a eu les mêmes... (pause). Bon, entre nous c'était pas difficile d'en parler en fin de compte. Parce qu'elle disait un truc et je disais : " Ah oui ! Moi c'est pareil, il y a eu ça et ça... " ou " Moi, j'ai pas vu tout à fait la même chose ", etc. Ça part tout seul. En fait on est sur la même longueur d'onde.
E : C'est moins gênant d'en parler ?
M : C'est moins gênant, là, de partager. Parce que je savais qu'elle avait sa part d'intimité à elle et j'ai respecté ce qu'elle ne voulait pas dire et elle de même.
E : Envers les autres personnes il y a une part de retenue plus importante. Il est plus difficile d'en parler, comme vous le disiez.
M : C'est vrai que c'est difficile parce que la mort, pour la majorité des gens, ça fait peur. Et je respecte tout à fait cela. La mort, pour tout le monde, c'est quelque chose de définitif : il n'y a plus rien, c'est terminé. Donc, lorsqu'on a vécu une expérience comme la mienne, quand on sait qu'il y a autre chose, c'est difficile de convaincre les gens qui ne l'ont pas vécue eux-mêmes. C'est l'incompréhension totale. Ils pensent que c'est la fin de tout. Je respecte cette opinion, mais je sais qu'ils se trompent.
Nous avons encore échangé quelques propos alors que l'enregistrement était achevé. Marie m'a indiqué que son expérience avait eu des répercussions notoires et positives sur sa façon d'appréhender la vie. Depuis sa sortie de l'hôpital, elle regrettait de n'avoir jamais vraiment réussi à partager sa nouvelle philosophie avec ses proches, surtout avec son mari. Elle pense qu'ils ne sont toujours pas disposés, même vingt ans après, à entendre le récit de ses " hallucinations ".
Au moment de nous quitter elle ajouta qu'elle allait bientôt réaliser un projet qui lui tenait à cÏur depuis des années : exercer dans un service d'accompagnement des mourants. Ce disant, elle me fournissait un bel aperçu de l'ampleur des changements auxquels elle venait de faire référence. Je n'ai pas revu Marie depuis cette interview et j'espère très sincèrement qu'elle aura pu mener son projet à bien.

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JOËLLE
Au cours d'une soirée passée chez un couple d'amis, l'un des convives, informé du thème de ma recherche, me fournit les coordonnées de Joëlle. Cette guérisseuse, consultée voici plusieurs années déjà, lui avait raconté une histoire susceptible de m'intéresser. Ayant rapidement obtenu un rendez-vous je me rendis dès l'après-midi du lendemain, muni de mon magnétophone, dans un petit village des environs.
Dans un premier temps, j'ai hésité à retenir le témoignage de Joëlle. En effet, bien que le vécu de son EMI ne fasse aucun doute, son récit est ponctué de descriptions et de jugements pour le moins contestables. À la réflexion j'en ai maintenu l'intégralité car la transcription in extenso de cette interview montrera jusqu'où peuvent aller certains expérienceurs dans leur interprétation du phénomène. Dans le cas présent, le " tort ", si je puis dire, que leur porte Joëlle vient de ce qu'elle situe son expérience dans le strict cadre de ses croyances ésotérico-religieuses.
Personnellement, c'est avec la plus grande réserve que j'accueille les témoignages qui reposent pour l'essentiel sur la croyance dans l'existence de forces occultes et autres puissances de l'ombre. Plus encore lorsque cette croyance emprunte vaguement aux thèmes habituels de la religion et du New-Age. Cela étant, le récit de Joëlle apporte néanmoins témoignage d'une EMI authentique.

Enquêteur : Un peu l'archétype de Jésus. Non ? Avec une robe blanche et...
J : Non, non. J'ai surtout vu les yeux. Et il y avait transmission de pensées. Je ne peux pas dire que j'ai vu sa robe ni quoi que ce soit. Mais surtout, ce qui m'a frappé le plus ce sont ses yeux et cette lumière, cette chaleur...
E : Vous ne dormiez pas ?
J : Non, non. J'étais sur le palier. Il m'a dit : " Arrête de pleurer, puisque la mort tu la connaîtras. Mais maintenant ça suffit ! " Bon, il voulait me faire savoir qu'il existait quelque chose après la vie. Naïve comme je l'étais, je croyais pouvoir toucher cette personne. Je pensais qu'il s'agissait d'un être physique. J'ai donc décidé d'éclairer la lampe. Il m'a dit : " Non, n'allume pas sinon je ne pourrais plus revenir. " Et j'ai allumé ! Je pensais vraiment le tenir. Je pensais qu'il était à moi. Cette apparition est à la base de toutes mes autres expériences.
E : Ça ne s'est plus reproduit ?
J : Non. Mais dans les moments où ça n'allait pas très bien, il y a toujours eu des personnages inouïs qui me sont apparus. Lorsque je me disais : " C'est pas possible de souffrir autant ! "
E : La première réaction de l'entourage ?
J : J'ai appelé ma mère parce que j'étais là, sur le palier, et vraiment je pleurais. Elle m'a dit qu'il ne fallait le dire à personne.
E : Pouvez-vous me raconter maintenant ce qu'il vous est arrivé plus tard ? Lorsque vous aviez onze ans je crois. C'était en 1962.
J : Oui. Cette année-là j'ai été agressée par deux fois. Un sadique m'avait étranglée et j'en avais perdu la voix pendant pas mal de temps. J'étais à moitié morte quand mon frère, qui heureusement était là, m'a sauvée en l'assommant avec une poutre tellement lourde qu'il n'a jamais pu réussir à la soulever par la suite. Ses forces avaient mystérieusement été décuplées.
E : Mais d'abord il y avait eu l'accident ?
J : En premier lieu il y avait eu l'accident. Mais à l'origine il y avait aussi eu une agression. C'est pour échapper à un garçon qui voulait me frapper à coups de pierres que je suis partie en courant droit devant moi. La personne qui m'a renversée n'est absolument pas fautive. En pleine course j'ai traversé la grande avenue, dans une courbe du centre-ville. J'ai entendu le bruit de la voiture et... Trop tard ! Il y a eu un grand choc et je ne me suis plus rappelée de rien. Toc ! Et puis après c'est terminé. La mort c'est pas bien dramatique. C'est alors que mon âme s'est détachée.
E : Quel souvenir gardez-vous du moment où vous avez traversé l'avenue ?
J : Je n'ai pas le souvenir d'avoir traversé l'avenue, non. Parce que la voiture m'a percutée instantanément. Le bruit de la voiture qui arrivait, je m'en souviens, oui. Mais elle m'a tout de suite heurtée de plein fouet. Je suis tombée et ma nuque a frappé le pare-choc. J'ai une marque ici qui est restée. Et la voiture m'a traînée sur la route. Sur cent mètres ! J'étais coincée, et le temps qu'il freine... Coincée entre le pare-choc et la route. Et pour finir on a heurté un des arbres qui se trouvent tout le long de cette avenue.
E : La voiture a frappé un arbre et vous étiez toujours entre la route et le pare-choc ?
J : Et j'étais toujours coincée là-dessous. Ça fait mal ! D'où mon problème de cervicales aujourd'hui encore. Après, quand je me suis détachée, j'étais allongée sur une civière posée sur le sol.
E : Cette sortie hors du corps n'a pas été instantanée ?
J : Non. Non, parce que lorsque je me suis vue on m'avait déjà allongée sur une civière. Donc il y a eu un laps de temps entre le choc et ce moment-là. Une fois détachée, je me suis vue tout de suite.
E : Entendiez-vous ?
J : Ah oui ! On entend bien. Une fois qu'on est détaché, oui.
E : Vous voyiez la personne qui vous avait heurtée ?
J : Absolument. Je le voyais. Cet homme n'a pas d'enfant. Et cet homme est en train de prier.
E : Vous avez pu le reconnaître par la suite ?
J : Ah oui ! Sans aucun problème.
E : Plus tard, avez-vous pu décrire les événements qui ont suivi l'accident ? Et cela vous a-t-il été confirmé ?
J : Oui. Oui.
E : On en revient donc à la civière si vous le voulez bien.
J : Donc, j'étais au-dessus de l'endroit de l'accident. J'ai vu mes deux soeurs et mon demi-frère qui étaient là autour. Bien entendu, il y avait énormément de monde. La route était barrée.
E : Vous n'habitiez pas très loin je crois.
J : J'habitais à deux kilomètres de là. C'est une avenue bordée de marronniers comme il y en a beaucoup là-haut, dans les Vosges. Donc il y avait les pompiers, un médecin légiste... C'est le médecin légiste d'ailleurs qui était penché sur moi et qui a dit : " Bon, de toute façon elle est morte. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui connaît cette petite ? " Et c'est mon demi-frère qui a dit : " C'est ma soeur. " Alors j'ai pensé qu'il était culotté celui-là, car il disait toujours que je n'étais pas sa soeur. Et c'est à ce moment-là qu'on m'a recouverte d'un drap blanc. J'étais toujours au-dessus de la scène et deux hommes, eux aussi en blanc, sont venus me chercher. Et là on est parti très vite.
C'est vrai qu'on peut dire qu'on se déplace à la vitesse de la lumière. J'ai passé ce tunnel dont tout le monde parle et je suis arrivée dans la lumière. Après je suis arrivée dans une... (pause) mais alors dans un... (pause). Tous les gens qui disent qu'ils voient de la lumière, c'est vrai. C'est un champ immense de lumière, de lumière, de lumière, de lumière... (pause). D'énergie ! On est arrivé là, dans cette lumière. Et là nous attendait cet homme aux yeux bleus...
E : Le même que celui que vous aviez vu quelques années auparavant ?
J : Le même que j'avais vu. Et il m'a dit : " Ça y est. Tu es contente ? " C'est vrai que j'étais contente parce que j'avais voulu savoir. Mais je n'étais pas contente parce que j'étais grise, j'étais sale. Arriver dans une telle lumière alors que j'étais grise ça me gênait énormément.
Il y avait une table et il m'a dit que c'était la " table des sept ". Je lui ai demandé pourquoi la table des sept et il m'a dit que de là-haut tout est surveillé. La table des sept, c'est la puissance. Ça représente une force. Une force dont je me sers à l'heure actuelle. Dans cette " salle des sept " mon âme était grise et j'ai eu une autre âme à ce moment-là. Et il m'a dit : " Tu sais quel rôle tu as à jouer maintenant ! "
Moi je ne voulais pas revenir. Je ne voulais pas revivre. C'est moi qui voulais connaître la mort. C'est moi qui m'étais mise en porte à faux. Nous avons parlé de la peste du XXè siècle, ce qu'on appelle le SIDA.
E : En 1962 ! ?
J : Oui. On a donc parlé de la peste du XXè siècle, des tremblements de terre, des inondations, des éruptions volcaniques... Jusqu'en l'an 2000, pas mal de morts. Beaucoup de morts par la guerre. Et après l'an 2000 il y a beaucoup de choses qui vont refleurir. Mais il faut qu'il y ait d'abord la paix de l'homme. Pas seulement la paix dans le monde : la paix de l'homme.
Nous avons parlé de la religion. Un petit peu. Car je n'étais pas d'accord sur certains points. Il m'a dit que lui n'a jamais demandé qu'on soit là en train de se mettre à genoux, debout, à genoux, debout... Moi j'étais contre toute cette richesse du clergé, ces mouvements d'argent, tout ça. Et il m'a répondu que de toute façon ce n'est pas lui qui l'avait demandé. Il a demandé, en fin de compte, aux gens de s'aimer.
Ce qui l'inquiète beaucoup à l'heure actuelle, parce que moi je suis souvent avec lui, c'est tout ce qui se passe et qui était prévu. L'homme n'arrive pas à se rééquilibrer et ça va très mal : risque de guerres, risque de pas mal de choses qui vont mal tourner...
E : Jusqu'à l'an 2000 ?
J : Pourquoi l'an 2000 ? Parce qu'à chaque millénaire il se passe quelque chose.
E : (Avec un sourire) Hum ? !...Oui, ça fait un compte rond !
J : Non. Mais non. On dit qu'à chaque millénaire il y a quelque chose. Il est évident qu'à chaque millénaire il y a quelque chose !
C'est vrai qu'après cette discussion, ce qu'il y a de merveilleux c'est cette paix, cette tranquillité, cette douceur. Comment dire... Ça nous rempli le coeur de tranquillité, on est bien. Je dirais que la Terre c'est l'enfer et là-haut c'est...
E : Le paradis. Évidemment !
J : Il faut donner un mot. Je dirais que l'enfer c'est là où doivent se trouver les sept péchés capitaux, ce qui est normal. Parce que tout le monde connaît la vanité, l'orgueil... On veut tous plus que l'autre. C'est idiot.
E : Pouvez-vous me préciser ce que vous avez plus particulièrement ressenti au cours de cette expérience ?
J : C'était très cérébral. Moi c'est dans le cérébral que ça m'est resté. C'est à dire que dans l'enveloppe j'avais rien. Tout est resté, si vous voulez, dans le mental. Parce que je suis montée très haut. Et cette ouate, ce bien-être, est resté dans ma tête. Tout ce qui est énergie est resté là (désignant sa tempe). C'est à dire qu'il y a des fonctions cérébrales qui ont été ressourcées au maximum en énergie. Mais mon enveloppe... Je dirais que lorsque je suis revenue dans mon corps, je n'étais plus moi. Pourtant j'ai des frères et des soeurs, mais je ne me sens plus dans ma famille.
E : Avez-vous rencontré des défunts, des gens que vous aviez connus ?
J : Non, ça a été trop vite.
E : En résumé, un peu après votre accident vous êtes sortie de votre corps, vous êtes restée au-dessus de la scène puis, dès que la civière a été placée dans l'ambulance...
J : Non, non. J'étais toujours allongée sur la route. J'ai fait un aller-retour rapide, en temps humain. Parce que justement, quand ils m'ont déclaré décédée, ils ont fait venir la voiture funéraire pour m'emmener à la morgue. Je suis donc restée un moment sur la route. Je ne sais pas combien de temps. D'après les personnes présentes : un quart d'heure, vingt minutes. Mais le temps terrestre n'a rien à voir avec mon expérience. Les deux hommes en blanc m'avaient ramenée. Mon âme était blanche à ce moment-là. Là-haut on m'a, ce qu'on appelle, purifiée.
E : Ces deux hommes en blanc, étaient-ce des guides ?
J : Exact. Deux guides. Je leur ai demandé ce qu'ils faisaient là... (pause). Il fallait que je franchisse la porte. Franchir cette porte n'est pas facile.
E : Quelle porte ? S'agissait-il d'une frontière ?
J : Il y a une frontière et justement ces deux guides-là étaient obligés d'être présents pour me faire passer cette frontière. Car je vous assure c'est extrêmement difficile.
E : Vous voulez dire que si l'on décide de passer cette frontière, c'est définitif ? On ne revient plus ?
J : Celle que j'ai passée c'est la frontière définitive. Mais quand on est dans le coma on ne la passe pas. Je dis bien dans un coma. Dans la mort vous la franchissez.
E : Il y a là une nuance avec ce que disent beaucoup d'autres rescapés qui, eux, n'ont pu franchir cette limite. Vous, vous l'auriez donc franchie ?
J : Justement. Vous, ce sont les deux personnes qui m'accompagnaient et moi-même. Parce que si j'étais passée toute seule, c'était terminé. D'accord ? Parce que ce n'est pas faisable. C'est parce que j'étais encadrée.
E : D'autres personnes m'ont dit avoir eu envie de passer, mais au dernier moment...
J : Si vous voulez, je n'ai pas eu l'idée de dire il faut que je franchisse ou pas. Non. Ça c'est fait très vite.
E : Et cette porte. C'était une porte, tout simplement ?
J : Non, c'est une image. En fait c'était un grand écran de lumière. Dans mon cas, la frontière, c'était la lumière. Je pense que s'il n'y avait pas eu ces deux hommes, c'est sûr, je serais décédée. Enterrée maintenant. Ces deux hommes étaient là pour m'aider parce que je vous assure que la frontière n'est pas facile à franchir. Quand vous entrez dans cette immense lumière, que vous êtes éblouie... (pause). Ça vous fait un apport de force ! C'est vraiment dingue, dingue, dingue. Ça vous fait, si vous voulez, une oppression là, à la tête. Et si l'on n'a pas ces deux guides, c'est pas possible. Je pense franchement que c'est impossible de pouvoir résister. Ils m'ont donc raccompagnée pour revenir. Parce que c'est pareil, il faut refranchir.
E : J'aimerais revenir un instant sur le médecin qui était sur les lieux de l'accident. Savez-vous sur quels critères il s'est basé pour constater votre décès ?
J : Non. J'ai eu le coup du lapin. J'avais la nuque écrasée. D'où une intervention chirurgicale et deux hernies au niveau des cervicales.
E : Je suppose qu'il a quand même pris votre pouls et...
J : Oui, oui. C'est pour ça que je me rappelle de cet homme penché sur moi. Parce qu'il était en train de m'ausculter. Après il a fait prévenir ma mère de mon décès.
E : Votre mère a donc été avertie de votre mort ?
J : Mon frère est parti la prévenir.
E : Après la... table des sept, vous semblez avoir reçu des instructions ? Vous avez donc été autorisée, exceptionnellement, à retourner ?
J : Oui. On a des choses bien définies à faire, on sait ce qui vous attend, on a des choses à remplir. Parce qu'il n'y a pas que mon travail, il y a d'autres choses à remplir. D'autre choses à surveiller qui sont bien précises. (pause).
Quand je suis revenue, la plus grande souffrance c'est de rentrer dans le corps. C'est horrible, horrible. C'est indéfinissable. Ça fait très mal. Parce qu'on arrive par la tête. Là je suis formelle. Et ce qui m'a arrêté ce sont les pieds.
Quand je suis revenue les deux hommes qui m'accompagnaient m'ont dit : " Lève vite le drap ! " Moi j'étais abasourdie. Complètement sonnée. Je répondais : " Non, je suis fatiguée. " Ils ont insisté : " Lève le drap ! " Et j'étais obligée de lever le drap. Je me suis assise là où j'étais. Épuisée. C'est un épuisement total. Je me suis assise... et je regardais. Et puis tout le monde s'est mis à hurler, tout le monde est parti. Il ne restait que l'homme qui m'avait renversée et les deux gars qui voulaient me mettre dans le corbillard. Ils m'ont lâchée et ils disaient : " Alors là, sacré nom de Dieu, qu'est-ce qui nous tombe dessus ! " L'autre a dit : " Qu'est-ce qu'on fait ? " Ils étaient effarés.
Il y avait ce brave homme qui m'avait renversée. Je l'ai reconnu tout de suite et je l'ai appelé à mon secours. Je lui ai dit : " Qui va payer l'accident ? Mes parents n'ont pas d'argent. " Je n'avais pas perdu la tête ! Je me suis mise à pleurer et je disais : " Faut pas que mes parents payent. Faut pas que mes parents payent. Ils n'ont pas d'argent. C'est ma faute. "
L'homme s'est approché. Il m'a prise dans ses bras et il a remercié le ciel. Il m'a tranquillisée et il m'a dit que désormais il veillerait toujours sur moi. Il faut savoir que cet homme, qui était officier, est parti pour l'Algérie et n'est plus jamais revenu. C'était la fin des hostilités et j'ai su, sans qu'on me prévienne, quand il a été tué. Mais il est toujours à côté de moi.
E : Comme un guide ?
J : Pas spécialement. Plutôt comme un protecteur. Je dis toujours que j'ai deux pères : mon vrai papa -- j'ai la chance qu'il soit toujours en vie --, et mon père de là-haut, mon père spirituel. Je sais qu'il a donné sa vie pour moi.
Ma vie a complètement changé par la suite. En fait ma famille est davantage là-haut qu'ici en bas. Je me sentais différente, plus adulte. Avec une vision des choses complètement différente. À regarder ceux qui souffraient... Il m'arrivait d'avoir des flashes. J'avais des prémonitions. Par exemple, le suicide par noyade d'une voisine que j'aimais beaucoup ; une commerçante chez qui on allait se servir. Je l'avais ressenti depuis longtemps. Je voyais qu'elle avait très mal à la tête et je l'avais dit à ma mère.
E : J'ai cru comprendre que depuis cette expérience vous aviez d'autres pouvoirs... disons surnaturels. Celui de guérison, la possibilité de sortir de votre corps...
J : Je sors d'initiation de là-haut. Puisqu'il faut appeler les choses ainsi. Je suis une base d'énergie. Je reste en contact. Je me balade où je veux, quand je veux. Je sors quand je veux. Il y a des personnes qui m'ont vue apparaître dans un miroir. Enfin bref... Et quand on me dit que le mal est plus fort que le bien, c'est la chose qui m'agace le plus. Alors je leur dit : " Si vous voulez une démonstration je peux vous montrer que le bien peut être très fort ! "
Ces pouvoirs je les ai toujours eus, depuis très jeune. Mais pas aussi développés. Mon grand-père, qui avait ces dons, n'a jamais voulu exercer. Il m'a initiée très tôt à une certaine sagesse, à la méditation.
E : Si je comprends bien, vous dites que vous restez en contact avec une source d'enseignements et que vous en recevez une forme d'énergie ?
J : Enseignements, non. Cela me permet de me ressourcer, oui. C'est à dire qu'il y a une puissance, un certain pouvoir. Je sens les gens positifs ou négatifs.
E : Dans votre optique, cette puissance relève-t-elle du divin ? Et vécue dans un autre contexte culturel pensez-vous que cette expérience serait interprétée de façon identique ?
J : Absolument, il s'agit d'une puissance qui vient de Dieu. Le sens serait le même. Les personnages seraient certainement différents. Mais le sens serait identique.
E : Avez-vous plus d'échecs ou de réussites sur certaines pathologies ?
J : Pas spécialement. Même chez des gens sceptiques j'ai de bons résultats. L'essentiel c'est d'être franc et de ne pas prétendre tout guérir. Moi je ne me donne pas le statut de médecin. Si vous vous engagez à guérir un cancer, vous êtes sûr d'échouer. Mais, psychologiquement, sur des bases d'énergie, je peux les aider. Je leur explique comment je peux les aider.
E : À votre avis, sur quoi repose votre pouvoir de guérison ? Sur l'énergie ?
J : Tout est à base d'énergie. Un jour j'ai même matérialisé une entité ; qui n'est rien d'autre qu'une énergie. Parce que je savais que j'en avais une négative dans la maison, je l'ai matérialisée car il fallait que je la fasse sortir. Mon mari a même cru que c'était un voleur parce que ça avait la forme d'un homme.
Mes deux filles ont également des pouvoirs de cet ordre, mais je les initie avec prudence. Car il y a des choses auxquelles on ne doit pas toucher. Si l'on veut, on peut même jeter des sorts. J'ai aussi des problèmes avec des appareils électriques qui se détraquent, avec des ascenseurs qui s'arrêtent entre les étages, des vitres qui cassent quand j'ai une grosse colère intérieure.
Quelques passages de ce récit laisseront sans doute perplexes nombre de lecteurs. Il est vrai que le discours de Joëlle s'efforce de faire passer une pédagogie basée sur des stéréotypes manichéens un peu désuets, auxquels se mêlent quelques clichés en vogue. L'interprétation de Joëlle sur l'origine " divine " de ses pouvoirs est également des plus contestables ; sauf peut-être pour les convertis, dont je ne suis pas. Mais, comme je l'indiquais plus haut, il ne faut pas rejeter l'ensemble de son témoignage pour autant, car certains de ses propos font écho aux récits d'autres expérienceurs ayant connu un phénomène du même ordre. Ceux-ci affirment, généralement de façon plus mesurée, avoir développé par la suite des facultés de perception paranormale, voire des pouvoirs de guérison. Bien entendu, lorsque le sujet est préalablement persuadé de l'existence de forces surnaturelles en relation directe avec ses croyances religieuses, il y trouve forcément l'explication " logique " de ses propres pouvoirs. De même qu'il est logique pour lui d'interpréter l'ensemble du phénomène à partir de cette unique grille de lecture.
Il est bien évident que Joëlle n'a pas inventé de toutes pièces l'histoire de son EMI. Certains détails ne trompent pas. Même si elle en avait possédé une connaissance livresque, ce qui n'est pas du tout le cas, elle n'aurait pu décrire son expérience sans commettre un minimum d'erreurs. Si la part ésotérique de son discours est à mettre au compte d'une interprétation très personnelle, le phénomène qu'elle a vécu s'apparente sans conteste à une EMI.
Le fait que Joëlle ait " vu " et " entendu " aussi distinctement un médecin constater son décès est également l'un des facteurs qui m'ont incité à retenir son témoignage. Je ne pense pas que ce médecin aurait conclu à la mort d'une fillette de onze ans sans avoir relevé un minimum de signes cliniques : abolition de la respiration, du pouls, des réflexes, dilatation pupillaire, etc. Mais il est peu probable qu'elle ait eu affaire à un médecin légiste, sauf qu'il vint à passer là fortuitement.

 

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LOUISE
Louise est une québécoise de l'Abitibi, une province au nord-ouest du Québec, où la rigueur d'un hiver qui n'en finit pas est amplement compensée par la beauté époustouflante d'une nature en grande partie préservée de son pire prédateur. Jeune de 74 ans et initiée depuis peu à la communication électronique, Louise a découvert mon livre grâce à Internet. Elle a vécu trois EMI, ce qui est assez exceptionnel, et a bien voulu me faire le cadeau de leur récit. Je lui laisse donc l'initiative de la narration :
 
Tout d'abord un bref résumé de ma vie, car je suis persuadée que tout ce qui nous arrive s'inscrit dans une chaîne de causes à effets.
En se mariant, mon père avait hérité de la petite ferme de sa mère restée veuve. Comme c'était une " terre de pauvre ", qui ne permettait pas à une grosse famille de survivre, il travaillait aussi comme cuisinier dans un camp de bûcheron. Je suis née en février dans la pire tempête de neige du siècle et maman a dû se faire aider par une voisine. Tout s'était bien passé.
Tout ? Enfin presque... Car j'étais née sous le signe du mollusque, pourrait-on dire. En effet, il y avait un défaut quelque part puisqu'on s'était aperçu, par la suite, que mes jambes ne me portaient pas. C'est la raison pour laquelle j'ai dû passer les premières années de ma vie attachée dans une chaise berceuse. Plus tard, un de mes oncles qui était forgeron m'a fabriqué des " attelages " pour me soutenir et aider mes jambes à me supporter. De sorte que j'ai enfin pu apprendre à marcher. Mais lorsque je me défaisais de mes prothèses je restais handicapée en permanence par un sérieux manque d'équilibre. Mon infirmité a finalement été corrigé par une opération chirurgicale alors que j'atteignais mes vingt ans. J'ai donc conservé un léger handicap tout au long de ma scolarité.
Je ne garde d'ailleurs pas un très bon souvenir de ces années d'école. Non pas à cause de mon problème physique, mais en raison du contexte religieux qui était le lot commun de l'institution éducative de l'époque. J'ai été particulièrement marquée par ces religieuses qui nous assommaient continuellement avec leur petit enfant Jésus que le curé nous forçait à avaler. Moi je savais surtout que cette hostie finirait à l'autre bout de mon tube digestif ! Et comme si cela ne suffisait pas ce curé, qui nous faisait aussi la classe, était un personnage machiavélique et sadique. J'avais l'impression que son plus grand plaisir était de nous donner la trouille du matin au soir avec ses histoires de diable et d'enfer : il fallait aller à la messe tous les matins et communier sous peine d'aller en enfer, se confesser sans rien dissimuler, ne pas avoir de mauvaises pensées, etc. Et surtout ne pas oublier de faire ses prières avant de se coucher. Il fait peu de doute que ma foi a fini par se perdre dans les flammes de l'enfer quotidien dans lequel ce prêtre nous maintenait.
C'est aussi vers cette époque que mes maux de ventre ont commencé. On s'habitue à la cigarette et à la boisson... Pourquoi ne s'habituerait-on pas au mal de ventre ? C'est ainsi que cela s'est passé pour moi : je me suis progressivement habituée à cette souffrance. À Seize ans je n'étais toujours pas réglée. Je n'avais eu qu'une seule petite menstruation, à peine quelques gouttes de sang. Mais toujours des maux de ventre à me tordre de douleur. Un beau jour, mes parents découragés ont décidé de m'envoyer à l'hôpital, en espérant qu'on trouverait ce qui n'allait pas chez moi.
Dans le contexte de la colonisation de cette époque (fin des années 30 - début des années 40), dans cette région de forêts à perte de vue, il n'y avait alors qu'un seul véritable débouché : le train. Et il faut savoir que l'hôpital le plus proche était situé à 70 ou 80 miles ! C'est donc par le train qu'on m'a envoyé à cet hôpital. Là-bas, on n'a pas beaucoup cherché. On a tout de suite effectué une appendicectomie. Pour une appendicite qui, bien évidemment, n'existait pas. Et pour comble, on a oublié une toute petite pince dans les replis de mon intestin. Le chirurgien devait être pressé ou distrait...
Si certains peuvent deviner l'heure exacte de leur mort, j'ai su qu'elle avait commencé pour moi pendant mon opération. Puisque j'y ai assisté ! Et je me souviens parfaitement avoir tenté, en vain, de leur dire que cette pince-là ne m'appartenait pas. Ensuite, toujours à l'hôpital, j'ai le souvenir d'avoir alterné des épisodes de semi-conscience et des périodes où j'étais totalement inconsciente.
Quand on tenta de me mettre debout pour marcher une brûlure atroce me transperça le ventre, une douleur à hurler. Il faut dire qu'une " très douce religieuse " me mit sa main dans le dos, alors que j'étais couchée, et me redressa d'un coup brusque. Malgré mes protestations et mes cris de douleur son opinion ne s'infléchit pas pour si peu : je n'étais qu'une petite ingrate, égoïste et douillette, qui voulait attirer l'attention sur elle. Et j'en passe ! Vu mon " manque de coopération ", et malgré l'état d'inconscience dans lequel je me trouvais, on me mit dans le train et on me renvoya chez moi.
Le retour en train je ne l'ai pas fait dans mon corps, j'étais spectatrice de son agonie. J'ai vu un homme me glisser un oreiller sous la tête et me couvrir d'une couverture. Je devinais son inquiétude, mais sans en être vraiment affectée. Moi, je n'étais absolument pas inquiète. Le temps n'existait plus, ni la pesanteur et l'espace. C'était un parfait bien-être dans une autre dimension. J'ai assisté à tout le tralala de mon arrivée : l'inquiétude de mes parents, le médecin qui disait que j'étais dans le coma, etc. Tout le monde croyait que j'allais mourir.
Lorsque je compris cela, ce fut un choc. On m'avait tellement bourré le crâne depuis mon enfance avec ces histoires d'enfer éternel, que j'ai peut-être dû penser que cette fois-ci je n'y couperais pas. Pourtant, j'étais bien loin de l'enfer. C'est comme si une gigantesque main m'avait attirée dans un pays de lumière. J'y apercevais un champ avec des enfants qui jouaient et une rivière magnifique... Un homme, dans une embarcation me semble-t-il, me disait que si je voulais le rejoindre je n'avais qu'à marcher sur l'eau. Je savais que je pouvais le faire, mais je ne l'ai pas fait. Et c'est là que je suis revenue vers ma famille. Je suis revenue dans mon corps lorsque le curé allait me donner l'extrême onction.
J'ai su plus tard qu'on ne me l'avait pas donnée, finalement, car une odeur de mort, de pourriture, se dégageait de ma chambre et le curé s'était enfui en disant qu'il était pressé. Toujours est-il que le médecin de chez nous, en personne, m'avait reconduite à l'hôpital. On y avait découvert que la douleur brûlante était due à une déchirure interne, la faute à cette maudite petite pince utilisée pour clamper (pincer) les veines pendant l'intervention. L'administration reconnût ses tort et on dédommagea mes parents. On muta dans un autre hôpital la religieuse qui m'avait si délicatement relevée dans mon lit. Et moi je fus libérée de l'enfer !
Je ne crois pas qu'une EMI soit le fruit du hasard. Il en va de notre responsabilité : trop d'imprudences, des excès de travail, une écoute insuffisante de cette enveloppe qui nous protège... C'est ce que j'ai pensé, a posteriori, lorsque vers l'âge de vingt ans, mariée depuis près d'un an, j'ai été hospitalisée cinq mois à Québec pour corriger un bassin mal conformé. J'y ai subi une importante chirurgie et j'ai souffert de multiples infections par la suite, sans compter bien d'autres conséquences plus intimes.
D'ailleurs, après quelques années de mariage, n'ayant pas d'enfant, j'adoptai un petit garçon de sept mois, imaginant que cela remettrait mon mariage d'aplomb. Ce ne fut pas le cas et, pour comble, je tombai enceinte mais je ne menai pas ma grossesse à son terme. Deux ans plus tard je fus à nouveau enceinte. L'accouchement, très long et très difficile, se déroula dans un hôpital trop éloigné, une fois encore, où j'arrivai trop tard. Le médecin dû employer les forceps... Et pendant que je me noyai dans mon sang, je fus attirée dans un long trou noir au bout duquel un petit rayon de lumière allait en s'agrandissant.
C'est ainsi que j'ai retrouvé la rivière de mes seize ans... Celle de ma première EMI. Cette même rivière si belle, si majestueuse, magnifique. Elle avait l'aspect, c'est difficile à décrire, d'un miroir étagé de rues qui se croisent, toutes plus belles les unes que les autres aussi profond que je puisse voir. Mais c'est impossible, pensais-je, la ville serait noyée ! Pourtant cette ville flottait bien entre deux eaux et moi je planais au-dessus.
L'homme sur la rivière m'attendait à nouveau, comme la première fois. Je savais que je pouvais la traverser sans me mouiller puisque je volais... D'ailleurs, je volais si bien que je me retrouvais sous le plafond de ma chambre et que j'entendais le médecin dire : " Je ne crois pas qu'on puisse la sauver, elle a perdu trop de sang ". Je voyais que l'on s'apprêtait à donner mon bébé à la soeur de mon mari... C'est à partir de là que j'ai réagi. Je refusais que l'on en fasse une religieuse. Ça jamais ! J'ai donc fait machine arrière, repassant par le tunnel, pour me réveiller dans mon lit. Avant de reprendre conscience j'ai eu une comme une prémonition : je savais qu'un jour mon bébé serait médecin et soignerait les malades. Cela s'est vérifié, aujourd'hui Céline est médecin...
Bien des années plus tard, alors que j'étais allongée sur le dos, je découvris que j'avais une bosse de la grosseur d'une orange au niveau de l'abdomen. Je savais qu'il ne pouvait s'agir d'une nouvelle grossesse. Une de mes amies, à cette époque-là, s'était fait enlever une tumeur non maligne de 12 livres. Mais moi j'étais lasse de me battre à nouveau, inutilement peut-être. Je choisis donc de la laisser grossir sans en parler à personne. Mon dernier enfant étant au Cégep (Lycée), je savais qu'Amélie ou une autre en prendrait soin. Mon travail d'alors consistait à garder et à occuper des enfants après les classes. Habile sur les patins à glace, c'était pour moi l'occasion d'enseigner le patinage aux tout petits. C'est au cours de l'un de ces après-midi que patinant en arrière, et allant assez vite, un adolescent qui n'était pas de mon groupe me heurta violemment au niveau des reins. Sous le choc je restai un moment groggy, souffrant atrocement au niveau de la tumeur que j'avais repérée. Mais je refusai catégoriquement d'être transportée à l'hôpital -- j'y étais allée ma part ! -- et je fus donc ramenée chez moi, après avoir affirmé à tout le monde que tout allait bien.
En vérité, après le choc, lorsque j'avais ressenti cette terrible douleur dans le ventre, je savais que mon " agonie " commençait. Mais on ne meurt pas aussi facilement que ça ! Même si l'on sait que le paradis nous attend. Je me souviens qu'il m'était impossible d'avaler la moindre bouchée tant la douleur était forte. Le jour suivant j'étais malgré tout retournée à mon travail. Là, ça s'était vraiment gâté. Au point que l'on m'avait ramenée chez moi en me disant qu'on ne voulait plus me revoir jusqu'à la fin de la semaine.
Je me suis alors fait conduire chez un médecin que je savais très compétent. Au lieu de me donner des médicaments pour atténuer la douleur celui-ci m'a expédié en urgence à l'hôpital. Il a juste pris le temps de me griffonner un certificat et de me demander si quelqu'un m'accompagnait. " Mon mari m'attend devant la porte " lui ai-je répondu. Il m'a recommandé de lui dire de rouler le plus prudemment possible, afin de m'éviter tout choc brusque. Je me rappelle d'un escalier qui n'en finit plus... Et on veut appeler l'ambulance. Mais j'ai la force de protester : " Ce n'est pas nécessaire. Mon mari m'attend devant la porte. " Et à nouveau ce maudit trajet vers l'hôpital, mais en voiture cette fois-ci. Peu après, j'ai eu la sensation de flotter dans une espèce de brouillard, comme du coton, d'être proche du paradis. Soixante dix miles de route à faire ! Puis je me vois, une fois de plus, marcher bravement vers l'échafaud... Ensuite tout se bouscule : des infirmières, une civière... Je ne sais pas où l'on me conduit. En fait ça n'a aucune importance, je ne souffre plus et bientôt, je le sais, je traverserai le mur.
J'assiste moqueuse à mon opération : " Mon Dieu qu'ils sont stupides ! Ils ne pourraient pas se taire et me laisser mourir en paix ? Croient-ils vraiment être aussi brillants qu'on le dit ? " OK ! Je suis idiote, je me laisse aller à dire n'importe quoi. Mais finissez-en ! Et en définitive on m'a enlevé un beau melon de dix-huit livres, pesé après l'opération. Mais, pendant ce temps, quel merveilleux voyage j'ai eu l'occasion de vivre à nouveau. Et celui-ci n'avait rien à voir avec les nombreuses piqûres de morphine que l'on m'avait faites. Si nombreuses qu'il avait fallu me désintoxiquer ! Malgré le froid mordant des vessies de glace et les effets de tous ces médicaments dans lesquels mon corps infusait, j'étais au chaud et je trouvais mon voyage très confortable. Ma vie entière s'y était déroulée ; j'ai connu de bons et de mauvais moments. Ce que je comprenais, avant toute chose, c'est que la personne la plus importante c'était moi. Que je me devais de vivre et surtout de vivre heureuse !
Pour conclure, je dirai que chacune de mes trois EMI fut un moment merveilleux, sublime et impossible a décrire. Ce qui ressortait surtout c'était un amour comme il n'en existe pas dans notre monde tellement il enrobait toute chose. Il était lumière. La douleur n'existait plus, de même que le poids de mon corps. D'ailleurs je volais, ou je planais, dans un endroit qui n'est pas la terre, mais sans avoir non plus l'impression d'être au ciel. Ça devait se situer quelques part dans l'univers... Peut-être que j'étais malgré tout sur cette terre, mais alors dans une autre dimension ; une dimension invisible du monde des vivants. Ce n'est pas facile d'expliquer l'inexplicable ! Comment décrire ce qui nous arrive quand ça tient de l'impossible ?
Pour finir, voici le petit texte que je souhaite qu'on lise à ma mort. Il a été composé peu après mon retour en ce monde :
Je serai... un coulis de couleurs sur le dos d'un arc en ciel,
Je serai... un clair de lune mirant sur une mare aux canards,
Je serai... une musique quand les aurores boréales coloreront tes nuits,
Je serai... ton lit aux merveilleuses couleurs du couchant,
Je serai... tes matins aux magnifiques douceurs des hivers,
Je serai... ton étoile quand ton coeur sera gris de chagrin,
Je serai... un bouquet de fleurs sauvages quand le printemps reviendra,
Je serai... un chapelet de perles sur les grands foins quand l'été sera,
Je serai... un rayon d'or rose sur la neige quand l'hiver t'emmitouflera,
Je serai... Je serai... Je serai... Je serai... Je serai... Je serai... Je serai...
Pourquoi penser que la mort est la fin de tout ? Si, au contraire, elle était un recommencement ? Une autre dimension de l'existence, tout aussi réelle, vécue dans l'apesanteur et libérée de ce corps de chair qui nous retient dans la matière. Et si je devenais vraiment un coulis de couleurs, une étoile ou une aurore boréale...

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JONATHAN
Âgé de 46 ans, Jonathan habite en région parisienne et m'a lui aussi contacté par Internet. Il avait lu, sur mon site, les récits des expériences de mort imminente vécues par Alain et par Stéphane, d'où sa référence aux frissons évoqués par ce dernier. Dans le récit de Jonathan, vous remarquerez que l'on retrouve la même singularité que pour Angèle ou Denis : l'absence de tout motif au déclenchement de l'expérience. Ce qui laisse à penser, comme souligné dans l'ouvrage, que les EMI vécues en dehors du contexte de l'imminence de la mort sont loin d'être des phénomènes exceptionnels. Voici ce qu'écrit Jonathan :

Quand je lis un témoignage d'expérienceur, ou quand je me replonge profondément dans le souvenir de mon expérience, je suis moi aussi, parcouru de frissons ; preuve qu'il se passe " quelque chose ". Je ressens aussi une forte impression de " communion " avec l'expérienceur qui raconte. Il faudra que je revienne plus tard sur cette notion de communion et d'unité.
Tout d'abord, je précise que j'ai 46 ans, que mon expérience date de 30 ans, et que je commence depuis quelques années seulement à en parler. (Pour toutes les raisons que vous connaissez).
J'avais seize ans, et je n'avais jamais rien entendu ou lu à ce sujet. Le point un peu atypique de mon expérience, est qu'elle n'a pas pour cadre une situation médicale, ni chirurgicale, ni traumatique.
À l'instant où je l'ai vécue, je l'ai simplement " vécue " : je suis (tout de suite, c'est-à-dire, pas d'épisode sombre) en apesanteur, je flotte dans un tunnel de lumière. Ce tunnel m'apparaît avec des parois bien définies, il n'est pas éclairé, il n'est pas fait d'une matière translucide, il est lui-même fait de lumière. Cette lumière est complexe, comme faite d'un assemblage mouvant. La seule analogie que je puisse trouver, bien que cela n'ait rien à voir, est l'effet de laser dans la fumée que l'on voit dans certains spectacles ou boîtes de nuit ; mais cela n'existait pas encore à l'époque.
Au bout de ce tunnel, il y a " la lumière " qui est la source de ce tunnel. Je suis donc en apesanteur. Je flotte attiré vers cette lumière. J'ai l'impression d'avoir un corps, puisque je me sens dans une position verticale : la tête rejetée en arrière, légèrement penchée sur le côté, les bras écartés, les jambes fléchies.
J'entends des sons extrêmement mélodieux. Il me vient l'expression : " musique des sphères ". Je ressens une formidable impression d'amour qui me submerge. J'ai le sentiment extrêmement fort que cette lumière, ces sons, et cet amour, sont en fait une seule et même manifestation. Tout est équivalent.
J'éprouve un grand sentiment d'UNITE. Je me sens moi-même comme faisant partie de cette lumière, de cet amour, et il m'apparaît que je ne fais plus qu'UN avec l'univers. J'ai l'impression de tout comprendre, de tout connaître, tous les phénomènes, toutes les lois, toutes les histoires de cet univers.
Omniscience ! Je suis l'univers ! Je suis l'amour, mon coeur est ENORME.
Impression que la lumière, la " musique ", la compréhension de l'univers, sont des manifestations, des facettes différentes du même " tout ". Impression d'union et d'amour...
Je veux revenir sur la lumière. Elle est chaude, chaleureuse, compatissante, d'une puissance formidable, infinie, mais pas du tout éblouissante. Comme je ne la vois pas avec des yeux physiques, je n'ai pas d'éblouissement, pas de limites.
Le temps : il me semble que le temps n'a plus cours. C'est à dire que je ne me situe pas dans le temps. Il n'y a plus de passé ni d'avenir, tout est dans le même plan. Je suis sorti de la ligne du temps, et je peux le contempler DANS SON ENSEMBLE. Mais je ne parviens toujours pas, trente ans plus tard, à définir avec justesse, en utilisant les mots du vocabulaire courant, cette impression d'absence du temps... et à la fois de sa présence.
Plus je m'approche de la source de lumière et plus toutes ces impressions sont fortes. En extase, j'approche de la lumière, je vais la pénétrer, elle va m'englober dans un paroxysme d'amour, de fusion avec l'univers, d'omniscience... Je vais la pénétrer... Et je me réveille dans mon lit ! Je suis en sueur, le coeur battant à tout rompre, essoufflé, émerveillé, déçu, (et frustré) en larmes (de joie).
C'était un rêve ( ?) ou : " comme un rêve " ( ?).
Quand vous rêvez, vous vivez le rêve sans savoir que vous rêvez. Mais ce " rêve " est si particulier, si réel, si étrange que je n'en parlerai à personne. Sans doute par pudeur, car la composante extatique et mystique m'apparaît totalement indicible. Je range cet événement dans ma mémoire et je continue ma vie, apparemment comme si rien n'était arrivé, et comme si rien n'était changé.
Bien des années plus tard, dans la salle d'attente d'un dentiste, je feuillette distraitement un Paris-Match. Il publie des extraits d'un livre qui vient de sortir : " La vie après la vie " de Raymond Moody (1977).
Je flashe ! Je découvre que mon expérience n'est pas unique. Je la rattache au phénomène de la mort, chose que je n'avais pas faite. Je me mets à me demander comment j'ai pu " mourir " tout seul dans mon lit ; et revenir sans raisons apparentes.
Plus tard, j'ai pris du LSD, de la mescaline, et je ne sais quoi encore, à plusieurs reprises, peut-être pour essayer de retrouver quelque chose de semblable. Dans tous les cas, j'ai toujours été " spectateur " et jamais dupe de mes " hallucinations " qui n'étaient en fait que des illusions.
Je pense que cet événement m'a considérablement changé. J'ai été " allumé " " illuminé " peut être, " éveillé " aussi je l'espère. Il m'arrive d'avoir des phénomènes de clairvoyance, mais je reste modeste, j'ai l'impression d'un tel brouillage autour... Parfois des prémonitions, mais si péniblement liées à des événements négatifs, funestes ou désagréables, rarement la certitude du " bon ou positif ". Parfois la sérénité...
Quelque chose d'étrange, que je n'avais jamais relié au phénomène, m'a interpellé à la lecture d'un texte consacré à la Kundalini et au développement de certaines facultés sensorielles .J'ai pour ma part une extrême sensibilité du sens olfactif. Je crois que je peux détecter des odeurs à des dosages beaucoup plus faibles que la plupart de mes proches. Cela vaudrait peut-être la peine de le vérifier et de le mesurer.
Actuellement, j'ai toujours l'impression d'être au bord de quelque chose que je ne peux pas atteindre, j'ai l'impression d'être à la porte d'une connaissance, comme quand un mot vous échappe et que vous l'avez " sur le bout de la langue ". Tout va me revenir un jour, j'en suis encore persuadé.
Encore un phénomène étrange, c'est arrivé deux ou trois fois : j'allume une radio ou une télé, une personne est en train de parler, je prends un discours " en marche ". En deux ou trois secondes, sur quatre ou cinq mots, instantanément, sur une voix, sur une intonation, que sais-je, je SAIS que l'on parle de NDE... Et je frissonne...
Voici l'histoire. Moi je n'ai rencontré personne dans ce " voyage ". Comme je le disais, dans l'absence de temps il y a quand même un temps. Cela paraît absurde, je le sais, mais je ne peux pas l'expliquer davantage.
Le témoignage du petit garçon de 4 ans (en 67) est tout a fait convaincant ! Comme je le disais au début, il me fait frissonner... Bien sûr, j'aimerais entrer en contact avec d'autres. J'ai déjà essayé, mais cela n'a pas eu lieu...
Mon rapport à la mort a changé pour moi aussi. La vie ne m'en paraît que plus tragique, ou comique, cela dépend de mon humeur ! Je n'ai pas encore lu le chapitre sur le Bardo Thödol mais je suis très intéressé, car le bouddhisme est actuellement (depuis un peu plus d'un an) mon sujet de lecture quasiment exclusif.

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1) En raison des agissements du Front de Libération du Québec (attentats, enlèvements de personnalités, assassinats) une loi sur les mesures de guerre est votée et l'on procède à de multiples arrestations. NDA
2) Sorte d'effet rebond,, aussi appelé remontée d'acide lorsqu'il s'agit de LSD, qui produit un effet similaire à l'intoxication par l'hallucinogène précédemment utilisé. Ces genre de phénomène intervient parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l'arrêt de la consommation.
3) Les récentes guerres ethniques ponctuées de génocides expliquent cette désaffection.

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