LE JEU DU FOULARD
Mortelle randonnée
 
Certaines personnes ayant approché la mort disent avoir vécu un phénomène particulier : une Expérience de Mort Imminente. La comparaison de leurs témoignages avec ceux d'adolescents ayant pratiqué la strangulation par le foulard laisse à penser que l'anoxie cérébrale, consécutive à cette pratique, aboutit à un vécu du même ordre. La motivation des adolescents qui participent à ce jeu macabre pourrait donc relever davantage de la quête d'un État Modifié de Conscience transcendant -- une quête qui accompagne l'humanité depuis la nuit des temps -- que d'un simple "trip" hallucinatoire.
 
Ces dernières années, la chronique des faits divers a recensé plusieurs décès d'adolescents mettant en cause le jeu du foulard. Mais, à ma connaissance, aucun média ne s'est interrogé sur les mobiles exacts de cette pratique stupide. Stupide, en effet, de jouer à s'étrangler avec son foulard... Surtout lorsque l'on n'est même pas supposé savoir pourquoi, comme le pensent encore beaucoup d'adultes. Épater les copains ? Pour leur montrer que l'on reste plus longtemps qu'eux en apnée ? Mais il n'est pas besoin d'un foulard, pour cela.
A vrai dire, il ne s'agit pas seulement d'un pari stupide entre adolescents. Ou, du moins, le mobile de ce pari ne repose pas sur une banale question d'orgueil. Ceux qui pratiquent cette auto-strangulation le font dans un but précis, qui n'est certainement pas celui de mettre fin à leurs jours -- comme le stipulent à tort certains procès verbaux rédigés par des enquêteurs peu informés. Dans ce cas, les victimes n'auraient pas manquer de laisser un message pour justifier ce geste de désespoir, y exposant leurs griefs et y désignant d'éventuels responsables. L'explication est relativement simple, bien que les mécanismes psychologiques en jeu soient un peu plus complexes ; à l'image de ceux qui participent à la formation de la personnalité des adolescents. Cette explication associe, pour le moins, l'identification au groupe, le goût du risque, la transgression de l'interdit et, surtout, la quête d'une dimension transcendante ; que d'aucuns comparent à un "paradis artificiel".
N'est-il pas un peu audacieux de vouloir comparer le jeu du foulard à une conduite toxicomaniaque ?
Avant tout, il me faut nuancer le propos. Le "paradis artificiel" en question n'est pas exactement celui auquel certaines substances hallucinogènes permettent d'accéder. Hélas, m'expliquer sur ce point précis demanderait de longs développements, je me permets donc de renvoyer les personnes intéressées à mes livres1. Pour faire bref, comme indiqué en préambule le jeu du foulard vise à induire un État Modifié de Conscience (EMC) transcendant. L'Expérience de Mort Imminente est le type d'EMC qui correspond le mieux à l'événement considéré. Son vécu est à ce point sublime et les "hallucinations" d'un tel réalisme qu'il est aisé de comprendre que certains "oublient", malheureusement, de desserrer l'écharpe. La recherche de cette extase suprême, à laquelle des toxiques conduisent de façon éphémère et superficielle, semble donc le mobile initial du jeu du foulard. S'y ajoute des incitations complémentaires. Par exemple, l'intégration dans certains petits groupes d'initiés peut imposer ce jeu comme un rite de passage. D'autant que les récits de ceux des membres du groupe ayant expérimenté cet EMC, souvent de façon partielle et avec des risques plus réduits, peuvent susciter l'émulation chez les non initiés. Cerise (amère) sur le gâteau : ce voyage fantastique ne contraint pas à passer par la case fumette (haschisch), sniffage (colle, cocaïne) ou shoot (héroïne)... C'est véritablement un trip à l'oeil ! Sans aucun risque de poursuites pénales... Sauf que, de la même façon qu'avec certaines drogues dures, le Nirvana peut se payer au prix fort de la vie.
Quoi qu'il en soit, le but du JE est d'accéder à une forme de transcendance qui, dans les cas extrêmes, projette la conscience hors du corps, lui fait parcourir des mondes rayonnant d'une luminosité ineffable, rencontrer des personnages indicibles, contacter la "Vérité ultime", etc. Porté par un sentiment de bonheur inimaginable, dont la durée semble infinie, cette conscience abandonne le corps pour un vécu d'un réalisme aussi puissant, sinon davantage, que celui de notre quotidien2. Ajoutons encore, cela vous semblera peut-être incroyable, que tout un chacun expérimentera ce phénomène aux derniers instants de sa vie. Et nous allons en comprendre les raisons.
Du point de vue de la "mécanique biologique", et afin de trouver une alternative aux modèles scientifiques inaptes à expliquer le phénomène en cause, nous supposerons que l'anoxie cérébrale résultant de l'arrêt de l'irrigation du cerveau affecte plus particulièrement une zone précise du cerveau. Des électrostimulations locales effectuées par des neurologues, à titre expérimental ou diagnostic, ont permis de circonscrire une formation de neurones du lobe temporal droit, le gyrus angulaire, d'où émergerait cet EMC. Ainsi, l'atteinte de cette zone précise du cortex semble contraindre la conscience à se libérer de ses attaches organiques... En somme, la conscience ne serait pas prisonnière du corps et pourrait, sous certaines conditions, "aller voir ailleurs" ! Le gyrus angulaire jouerait donc le rôle d'un récepteur cérébral permettant l'expression de la conscience dans la matière biologique. Cette hypothèse n'est guère appréciée de la communauté scientifique en raison des conséquences qui en découlent, en particulier l'idée d'une sorte d'autonomie de la conscience, voire d'une forme de survie.
La métaphysique vitaliste, penserez-vous peut-être, n'a pas a interférer dans le domaines des sciences orthodoxes. Soit ! Mais pourquoi se préoccuper de métaphysique ? Il y a là un énorme quiproquo. Seuls nous intéressent les faits et les témoignages. Laissons de côté les allégations des sciences non autorisées, tout autant que les affirmations des scientifiques qui ne se sont jamais intéressés à ces thèmes. Restons-en à notre récepteur cérébral, porte d'entrée de la conscience dans l'organisme, dont la destruction rend impossible toute réintégration de la conscience, donc tout retour à la vie. Dans le jeu du foulard pratiqué par certains adolescents, la "fenêtre de tir" est très étroite, circonscrite autour du point de non-retour que représente la destruction de ce récepteur cérébral : serrer le foulard quelques secondes de trop et c'est le grand saut dans l'inconnu, avec la garantie d'un séjour infini...
Il est compréhensible que notre bonne science cartésienne soit plutôt rétive à donner crédit à de telles "élucubrations". Mais ses propres références à de supposées hallucinations, témoignant avant tout d'un désordre mental mêlant confusion et absence de tout réalisme, ne correspondent pas aux témoignages qui évoquent des vécus d'un réalisme intense et d'une parfaite lucidité. Il est grand temps de prendre en considération les états modifiés de conscience transcendants et d'expliciter les risques encourus à les susciter. Et de grâce n'ajoutons pas au malheur des familles en évoquant un suicide lorsque les indices de la pratique du jeu du foulard ne font aucun doute (Cf. en bas de page, la plaquette éditée par l'APEAS)
 
Daniel Maurer
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1) La vie à corps perdu, Editions Les trois Monts, 2001.
L'autre réalité, Editions Philippe Lebaud, 2002.
Les Expériences de Mort Imminente, Editions Le Rocher, 2005.

2) Voici par exemple comment le grand yogi Gopi Krishna tente de décrire un éveil de la Kundalini, phénomène proche de celui que peut procurer certaines strangulations : "Bien que cette expérience soit inexprimable, on peut en tracer un lointain portrait en la décrivant comme la plus haute perfection de grâce, de beauté, de grandeur, d'harmonie, de paix, d'amour, de ravissement, d'émerveillement et de bonheur, le tout combiné à un tel degré que l'esprit pourrait défaillir sous l'impact prodigieux de l'extase." Cité par le psychologue américain Kenneth Ring dans En route vers Oméga, Robert Laffont, 1991. Le paradoxe de ces EMC transcendants, supposés éveiller l'esprit au terme d'une longue pratique sous la direction d'un véritable maître en la matière, est que des adolescents, complètement ignorants de cet "impact prodigieux de l'extase", y laissent leur vie.


Des informations et des témoignages :

 

La plaquette d'information de l'APEAS
Le site de l'association : http://membres.lycos.fr/apeas/