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Extrait du chapitre X

 

LES HALLUCINOGÈNES

 

 

L’iboga

L‘ibogaïne, principe actif extrait des racines de l’arbuste tropical Tabernanthe iboga, possède des vertus hallucinogènes extrêmement puissantes. L’une de ses particularités distingue toutefois cette substance des autres psychédéliques. En effet, utilisée au Gabon dans l’initiation Bwiti, elle permettrait au néophyte de faire l’expérience de la mort. Rien de moins ! Sa consommation n’est d’ailleurs pas sans danger puisque des décès par doses létales ont été signalés. L’expérience de la mort vécue au cours de la transe induite par l’iboga présente parfois de nettes similitudes avec le schéma d’une EMI. De même que pour la transe sous ayahuasca, l’idée d’une autonomie de la conscience, d’un périple dans une autre dimension de la réalité, y est clairement évoquée.

De telles similitudes n’ont pas échappé à Évelyne-Sarah Mercier, la fondatrice de IANDS-France. Dans le cadre de sa formation anthropologique, couplée à sa recherche sur les EMI, elle a voulu vérifier en personne, fort courageusement, les effets de l’iboga. Pour ce faire elle s’est rendue sur place, au Gabon. Grâce à l’intercession d’amis gabonais et français résidents, elle a pu participer à une initiation Bwiti organisée par des Fangs, l’ethnie majoritaire.

Le Papa, chargé de superviser la cérémonie, et la Maman, la responsable principale de l’initiation, lui ont donné diverses instructions. Après avoir mastiqué et avalé l’écorce broyée de racines d’iboga, le bois sacré, d’une amertume insupportable, Évelyne-Sarah a vécu une profonde expérience d’expansion de la conscience[1] :

 

Pourtant, je ne vois personne. Je traverse comme un avion des mondes inconnus. Mais cette fois, j’en ai la conviction, il ne s’agit plus d’hallucinations. Ces mondes sont d’un autre ordre. Je comprends la sensation de « bascule », de tourbillon, la nature du tunnel et le déplacement de la conscience dans les différentes réalités.

Arrivent alors sur moi, dans un « travelling » qui ne semble pas avoir de fin, des forêts de sapins verts, bruns et dorés. Des mondes autoluminescents, d’une beauté de légende. Je survole des espaces bâtis, totalement incongrus : des villes aux architectures diaphanes, aériennes, translucides, incomparablement plus belles que toutes les images de la science-fiction.

(...) Ce n’est pas qu’à ce niveau de réalité il n’y a plus rien, puisqu’il y a tout, mais un tout qui n’a plus rien d’humainement concevable, plus aucun sentiment humain, plus aucun sens humain. L’énergie créatrice et son antagoniste, la destructrice, paraissant se confondre.

 

Le lendemain matin, au chant du coq, l’initiateur demande à Évelyne-Sarah quel est son nkombo. Il s’agit de la formule-clé qu’elle est censée avoir rapporté de sa visite sur l’autre rive, la preuve formelle de son initiation. Hélas, elle ne sait quoi dire... Malgré ses efforts pour retrouver trace du précieux sésame dans sa mémoire, elle ne se souvient d’aucun message.

Soudain, cette situation lui semble absurde. Tout ceci n’est pas pensable, l’information demandée a sûrement dû lui être fournie de vive voix au cours de l’initiation. Aussi choisit-elle d’en appeler à la raison et de faire une proposition réfléchie, en fait une reconstruction rationnelle de son expérience hallucinogène, car rien de tout ceci ne lui revient en mémoire. Proposition rejetée ! Elle tente une deuxième réponse. Son guide, surpris et inquiet, la refuse également. L’initiation n’étant effective qu’après l’énonciation du nkombo, il lui faut donc repartir à sa recherche et convenir que c’est bien de l’autre côté que l’information lui a été donnée[2].

 

Mais comment y retourner ? Il n’y a pas de portes, comme on le dit dans certains écrits occultistes... Alors Évelyne-Sarah demande de l’aide, s’en remet à ce que ses initiateurs appellent les esprits. Après plusieurs heures à chercher intérieurement, les visions reprennent. Débute alors une terrible introspection qu’on nommerait en langage NDE, un panorama de la vie. Cette introspection se limitera toutefois aux aspects les plus signifiants de son existence passée.

 

C’est à l’issue de ce face à face avec elle-même que le signe se dévoile enfin. Mais il est en dialecte fang et elle n’en saisit pas le sens. Son unique certitude est de l’avoir trouvé, dans une évidence intérieure qui ne se discute pas et prend la forme d’une sérénité totale. La Maman comprend ce dialecte et valide enfin son nkombo, car elle a reconnu la signature de l’invisible. Plus tard, le Papa lui en donnera la traduction. Le signe s’est manifesté ainsi : 

 

(...) Un cœur d’or massif apparaît. Et il en sort des sortes de flammes-rubans de couleur blanche sur lesquelles est écrit mon nkombo en lettres noires. Un grand calme se fait en moi. Je n’ai plus besoin de chercher. (...) Une sensation inconnue se manifeste au plexus solaire. Cela vibre. Une incroyable douceur est là, en moi. Je peux dialoguer avec elle...

(...) Je comprends que cette douceur est de l’amour. De l’amour à l’état pur. J’ai trouvé la réponse, la seule qui compte. Cette fois, c’est fini, je suis initiée...


 

[1] Le Voyage Interdit, pages 242 et suivantes, Belfond, 1995.

[2] « Mes deux suggestions se voulaient convaincantes, mais par le détour d'une rationalisation compliquée. Je refusais alors de croire que cela venait effectivement de l'autre côté. Idem pour le prix de l'initiation à payer. On m'avait dit que c'était de l'autre côté qu'on me le dirait, mais je n'y croyais pas davantage. Je pensais qu'on me l'avait suggéré de vive voix dans mon initiation. La suite me prouva qu'il n'en était rien. Rappelée à l'ordre par la Maman, qui était mon guide, j'ai demandé et j'ai vu sortant d'un puits un paquet de billets avec un chiffre écrit dessus...» (Communication personnelle)

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