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Extraits du chapitre premier

 

Questions de conscience

 

La conscience, objet de connaissance ?

 Quelle est donc cette qualité de l'être que nos sens ne distinguent plus chez celui qui a pris le chemin du non-être, le chemin de la mort ?

Au risque de choquer on peut avancer d'emblée, mais on y reviendra par la suite, que le cadre actuel de la science ne permet pas de résoudre l'énigme de la conscience. Et il ne le permettra probablement jamais parce que cet attribut de l'être vivant, une exclusivité humaine pour beaucoup, n'est pas un objet au sens premier.

Ceci énoncé, l'expression de la conscience n'en dépend pas moins de certaines modalités de la matière qui, elles, relèvent sans conteste du domaine des objets, celui des sciences dites objectives. Pour autant, on n'est pas près d'en réussir la modélisation informatique, par exemple, sauf à se satisfaire d'ersatz électroniques stupidement logiques. Tels les systèmes informatiques capables d'apprendre et même de se tromper comme de vulgaires humains, au grand bonheur de leurs concepteurs qui y voient une marque d'intelligence et, pour les plus audacieux, un embryon de conscience. Sauf que dans ce cas précis il y a erreur sur la personne, du moins erreur quant à la notion de conscience. Car cette intelligence artificielle, si intelligence il y a, ne possède évidemment aucun des attributs de la conscience humaine. L'ordinateur, dépourvu de réflexion propre, n'existe que par le programme né de la conscience de son créateur, l'homme.

Il ne manque pas de contradicteurs qui jugent vain de vouloir fournir une simple définition de la conscience. Leurs arguments peuvent se résumer ainsi : se plonger dans une réflexion sur la nature de la conscience, n'est-ce pas se mettre soi-même dans la situation d'une conscience s'interrogeant sur les modalités de sa propre existence ? À quoi bon cette pensée en boucle ? Le fait que la conscience soit elle-même l'objet de sa propre réflexion rend cette démarche caduque.

De fait, cette autoréférentialité, incontournable au demeurant, n'est pas du goût des sceptiques puisqu'elle dénie toute objectivité à l'observateur, sujet de sa propre observation. Mais, d'un autre côté, produire un tel argument pour s'opposer à toute forme de débat sur la nature de la conscience ne permet guère, à l'évidence, d'en faire avancer la compréhension. Nous ne pouvons donc laisser cette question en suspens pour nous satisfaire d'une savante ignorance. De la même façon que nous sommes en droit de ne pas partager l'avis de ceux qui envisagent l'être humain dans la seule optique de sa matérialité biologique, à la façon d'une « machine vivante » ; une machine extrêmement sophistiquée, mais une machine avant tout. L'approche dont procède cette opinion aboutit irrémédiablement à considérer la conscience comme un épiphénomène issu de cette mécanique. Ce raisonnement réducteur a montré ses limites et il convient désormais de le dépasser. Et puis, faudrait-il, dans le seul souci d'agréer à la méthode scientifique, se priver des voies de la connaissance qui n'ont pas obtenu son aval ?

À défaut de certitudes scientifiques sur la nature de la conscience, la spéculation métaphysique propose quantité de voies de réflexion. Mais de l'Antiquité à nos jours, nombre de philosophes se sont épuisés dans cette aventure. Quelques-uns lui ont consacré des œuvres monumentales dont, le plus souvent, la postérité n'a retenu qu'un trait majeur, si ce n'est un aphorisme. Il faut bien reconnaître que leurs réflexions procédant essentiellement de l'intuition n'ont pas, elles non plus, rang de vérités premières.

C'est pourtant une perception du même ordre qui anime ma démarche. Et le schéma vitaliste, que je suggère de substituer à cette croyance scientifique en l'homme-machine, me semble une proposition parfaitement légitime. L'énoncé des arguments vitalistes dans le cours des prochaines pages offre par ailleurs une alternative plus optimiste que cette conception mécaniste désespérante. Même si l'on y oppose que la science n'a que faire d'être optimiste et ne se soucie pas des états d'âme. Justement, voyons tout d'abord si le concept d'âme peut se substituer à celui de la conscience auquel se rapporte le propos.

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