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Extraits du chapitre 11

 

Des théories hors normes

 

D’une conscience cosmique à une conscience quantique

 

Sur ces questions complexes il m’a semblé utile, à mon tour, de proposer une synthèse de mes propres cogitations. Le principe de non-séparabilité, vérifié par les travaux d’Alain Aspect, remet profondément en question notre façon d’appréhender la réalité. On s’en souvient, les deux photons impliqués dans la célèbre expérimentation réagissent comme si aucune distance ne les séparait, comme s’ils ne faisaient qu’un. L’information dont ils sont porteurs est présumée circuler en tous sens, instantanément, dans tout l’univers. De sorte que les notions d’espace et de temps propres à la réalité ordinaire n’ont plus cours au niveau des particules subatomiques, ces composants fondamentaux de toute la matière de l’univers — dont nous-mêmes sommes constitués.

Reprenons l’hypothèse de la Supra-Conscience de ce point de vue quantique. On pourrait ainsi postuler que convergent vers ce réservoir universel d’informations, à considérer comme un méta-système, les indications relatives à toutes les consciences qui auront été en contact, même une seule fois, au cours de leur incarnation terrestre. D’autres considérations s’ensuivent. Prenez par exemple le cas des milliards de molécules qui pénètrent, à chaque inspiration, dans notre appareil respiratoire. Ces milliards d’assemblages d’atomes interagiront dans notre organisme et s’imprégneront au passage des données propres à celui-ci, avant d’être rejetées puis capturées à nouveau par un autre organisme. Une incommensurable masse d’informations particulaires passe ainsi d’un individu à l’autre depuis les origines, reliant l’ensemble des êtres vivants à travers l’espace et le temps. Et nous ne sommes plus ici dans le seul domaine de la spéculation, mais dans celui d’une réalité physique, certes subtile, mais difficilement contestable[1].

Cet échange d’informations, mettant en cause les particules que nous absorbons et que nous éliminons intéresse aussi, d’une façon différente, la question du métabolisme. Dans le cadre d’un processus auto-nettoyant d’une extrême efficacité, les moindres déchets sont évacués en permanence, les plus petites parcelles de notre organisme sont remplacées régulièrement. De façon que la matière dont nous sommes constitués est presque entièrement renouvelée en l’espace de quelques semaines, quelques jours selon l’organe en cause[2].. Ainsi, un ami que vous n’avez pas vu depuis six mois aura vraiment changé au plein sens du terme. Et vous de même ! Pourtant, les souvenirs qui vous relient à cet ami seront toujours présents, et il en ira de même pour lui.

N’est-il pas extraordinaire que cette mémoire soit conservée, malgré le remaniement moléculaire qu’a subi entre temps ce que l’on présume être son support physique, le neurone[3] ? Changez donc le disque dur de votre ordinateur par un disque neuf, puis vérifiez si ce dernier vous restitue les informations que vous aviez stockées sur le précédent. Ce genre de comparaison, dont il ne faut pas abuser, illustre le fait que la mémoire, au même titre que les phénomènes de la conscience, pourrait relever des propriétés quantiques de certaines particules pérennes. Celles-ci conserveraient la trace de toute information, en dépit des modifications affectant le tissu cérébral. À moins que ces particules ne soient en contact permanent avec un énigmatique réservoir d’informations, la Supra-Conscience par exemple, où seraient conservées les données propres à chaque individu. Mais il tombe sous le sens qu’un agencement complexe de neurones reste nécessaire au traitement et à l’interprétation des événements quantiques considérés.

Par ailleurs, imaginons qu’à la limite extrême de la matière, les milliards de particules cosmiques qui nous traversent et nous relient en permanence, tels les fameux neutrinos, soient l’un des modes d’expression de la Supra-Conscience. Ces particules ont nécessairement interagi dans leur totalité, une fois au moins, étant nées d’une même explosion initiale, le fameux big bang. Aussi, dans une application généraliste du principe de non-séparabilité, validé par l’expérience d’Aspect, présumera-t-on que ces invisibles messagers rayonnent l’infinité de l’information individuelle et collective. Hors de toute temporalité et distance, tel un incommensurable réseau cosmique, les neutrinos — ou des particules apparentées  — seraient en quelque sorte les vecteurs de la mémoire universelle.

Considérons maintenant l’être humain comme un organisme quantique, étant lui-même un prodigieux assemblage de particules subatomiques. Ainsi qu’on vient de l’indiquer, les composants élémentaires de l’univers ont interagi au moins une fois lors du big bang, y compris ceux qui nous constituent. De ce fait, la notion d’interdépendance, si chère au bouddhisme, trouve ici une véritable justification « matérielle ». Et cette interdépendance n’intéresserait pas seulement le genre humain et les êtres conscients, mais l’intégralité des particules issues de ce même big bang ; c’est à dire… TOUT ! Là encore, une perspective aussi vertigineuse est en accord avec les principes scientifiques régissant ces domaines.

À l’échelle de l’être humain l’hypothèse d’une conscience quantique pourrait se révéler fertile, puisque les particules subatomiques sont les composants ultimes de nos organes. Et notre cerveau n’est pas le moindre. Gigantesque assemblage de particules en incessante réorganisation, il est directement impliqué dans l’expression de la conscience à laquelle les extraordinaires propriétés de ces objets quantiques pourraient s’appliquer. Extraordinaires propriétés, car à leur niveau, la non-séparabilité va de pair avec une notion de l’espace/temps où l’instantanéité est la règle, où la flèche du temps se rit de la logique humaine. Souvenez-vous de l’hypothétique tachyon. Voici une particule — à moins que ce ne soit une onde, les objets quantiques bénéficiant du double statut onde ou corpuscule — capable de remonter le temps aussi bien que de voyager dans le futur. Une conscience tachyonique, par exemple, connectée au domaine de la réalité superlumineuse, serait en mesure d’embrasser, dans une même représentation, le passé, le présent et l’avenir. De plus, dans cet « univers impossible » le principe de causalité serait évidemment caduc, l’effet pouvant y précéder la cause. C’est ainsi que des sujets ayant vécus une expérience de mort imminente nous décrivent certaines visions de leur propre futur. Ce qui laisse à penser que, lors d’états modifiés de conscience profonds, les composants quantiques de notre interface cérébrale seraient en mesure d’interagir avec ces mystérieux tachyons ou avec d’autres particules clairement identifiées, elles, comme les neutrinos.

On peut poursuivre, encore, en supputant que l’énergie qui permet l’expression de la conscience dérive des propriétés du vide quantique. Plus précisément, de cet « immense » espace qui sépare le noyau atomique des électrons qui tournoient, à des vitesses inouïes, « loin » autour de lui. Le noyau ne représente en effet que la cent millième partie de l’atome, le reste étant occupé par ce vide dans lequel vibre un brouillard d’électrons plus ou moins dense selon l’élément atomique en cause. La pulsion électromagnétique qui en résulte, au rythme vibratoire prodigieux, serait dans cette perspective un effet mesurable de l’Énergie fondamentale ; celle-là même qui insuffle vie et conscience dans la matière.

Conscience et matière, au final, pourraient être les deux facettes d’une même et unique réalité : onde et corpuscule dirait le physicien. La matière, cependant, et c’est ce qui nous trompe, est sans cesse remaniée, sculptée, sous l’influence de l’Énergie fondamentale, pour donner de nouveaux habits à la conscience et lui permettre de poursuivre son évolution.

 

J’admets volontiers que l’hypothèse d’une conscience quantique relève, de ma part, du simple divertissement intellectuel. On ne peut toutefois s’empêcher de penser qu’une théorie de la conscience inspirée des données de la physique des particules éclairerait d’un jour nouveau la compréhension de la plupart des thèmes abordés dans cet ouvrage. Et celui concernant la nature de cette autre réalité, qui en est le fil conducteur, n’est pas le moindre. Cette théorie reste à édifier.


 

[1] Il n'est pas question d'en appeler ici aux expérimentations du professeur Benveniste dont les interprétations ont défrayé la chronique ces dernières années. Bien que sa mémoire de l'eau mériterait d'être mise en parallèle avec la mémoire particulaire, les polémiques auxquelles son protocole expérimental a donné lieu imposent pour le moment un minimum de circonspection.

[2] À l'exception de la plupart des cellules cérébrales (voir aussi la note suivante), des cellules du muscle cardiaque et de celles de certains muscles du squelette. Il n'en reste pas moins que, selon les besoins, les éléments constitutifs de ces cellules sont renouvelés, réparés ou modifiés. En tout état de cause, elles ne sont plus les mêmes !

[3] Jean-François Dortier indique que l'on a découvert depuis peu « qu'il existe une neurogenèse permanente dans le bulbe olfactif et dans l'hippocampe, zone du cerveau impliquée dans la mémoire » (Les sciences humaines, Éd. Sciences Humaines, 1998, p. 215). Il faut savoir que l'hippocampe est également une région du cerveau concernée par les processus d'apprentissage. Ce qui fait dire à Olivier Robin, neurologue à l'hôpital Cochin (Paris), en relation avec la précédente découverte due à un chercheur américain, Fred Gage : « Ce phénomène prouve que le cerveau, à la différence de tous les autres organes, est apte à apprendre. Et cet apprentissage se traduit par des modifications dans les connexions entre les neurones — c'est le phénomène bien connu de la plasticité synaptique — mais aussi, comme semble le démontrer l'étude de Fred Gage, par des changements dans la structure du cerveau » (Sciences et Avenir, décembre 1998, p. 43). Bien belle machine, n'est-ce pas ? On comprend que la tentation de la créditer d'une aptitude à engendrer la conscience démange nombre de neuroscientifiques…

 

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