RETOUR


Extraits du chapitre 6

 

L'expérience hors du corps

 

Les pouvoirs transformateurs d'une EHC

 

Elisabeth Kübler-Ross, qui n'est pas une inconnue pour nous, s'est offert le voyage au Monroe Institute. Sujet très réceptif elle en revint transformée. Cette métamorphose se traduisit d'emblée par une amélioration de son état de santé. Son témoignage, en raison de sa qualité de médecin, n’en revêt que plus d’intérêt. L'extrait qui suit, emprunt substantiel au récit de son EHC, nous révèle l'origine tibétaine du nom de la propriété californienne, Shanti Nilaya, où elle animait des séminaires sur la mort et le mourir. On y constatera comment un médecin, psychiatre de surcroît, peut se faire secouer lorsqu'il accède à un registre de la conscience à mille lieues de celui auquel il se référait jusque là. Soulignons toutefois que le phénomène expérimenté par Élisabeth Kübler-Ross a été vécu par contrecoup, quelques heures après sa tentative délibérée au Monroe Institute. De plus, il s'apparente davantage à une expérience mystique, à la rigueur à un éveil de la kundalini[1], qu'à une simple décorporation ; l'état modifié de conscience, dans ce cas précis, apparaissant comme un phénomène plutôt secondaire.

 

Au moment même où l'expérience fut induite, je quittai mon corps à une vitesse incroyable. Mais la seule chose dont je me souvins à mon retour dans mon corps physique, fut le mot SHANTI NILAYA. Je n'avais donc aucune idée de la signification ou de l'interprétation de ce mot. Je ne savais donc pas où j'avais pu être. […] La seule chose que je savais dès avant mon retour est que j'étais guérie d'une constipation quasi totale ainsi que d'un problème dorsal très douloureux qui m'avait empêché de ramasser même un livre. […] Les personnes présentes disaient que j'avais rajeuni de vingt ans. Chacun d'eux essayait d'obtenir d'autres informations au sujet de mon expérience. Je ne savais pas où j'avais été, jusqu'à ce que j'en apprenne davantage la nuit suivante.

Je passais cette nuit dans une pension isolée au milieu d'une forêt des Blue Ridge Mountains. Peu à peu, non sans peur, je me rendis compte que dans mon expérience extra-corporelle j'étais allée trop loin et que je devais maintenant subir les conséquences de ma propre décision. J'essayai de lutter contre ma fatigue, pressentant que « cela » arriverait, sans savoir ce que « cela » pouvait bien être. Et au moment où je me laissai aller, j'eus probablement l'expérience la plus douloureuse et solitaire qu'un être humain puisse vivre. Au sens propre du mot je vécus les milliers de morts par lesquelles mes malades étaient passés. J'agonisai dans le sens physique, émotionnel, intellectuel et spirituel du terme. Je fus incapable de respirer. Au milieu de ces souffrances physiques, j'étais parfaitement consciente qu'il n'y avait personne à proximité pour m'aider. Je devais traverser cette nuit toute seule.[2]

 

Une légère digression pour préciser que cette narration a été faite par Élisabeth Kübler-Ross quelques années avant que le docteur Stanislav Grof ne publie ses travaux sur la thérapie expérimentale par le LSD. Des travaux qui inspirèrent à ce dernier une théorie des nouvelles dimensions de la conscience[3]. En utilisant les propriétés hallucinogènes du LSD sur des malades incurables, le protocole de Stanislav Grof favorisait l'intégration de leur mort à brève échéance. Il est important de souligner ce point dès à présent, car la tonalité générale de l'expérience d'Élisabeth Kübler-Ross présente de fortes similitudes avec les récits des patients de Grof traités au LSD, que nous examinerons en fin d'ouvrage.

Dans le même registre, il sera tout aussi intéressant de savoir que certains témoignages d'EMI négative présentent, eux aussi, quelques analogies avec le récit d'Élisabeth Kübler-Ross. La suite nous montrera que l'évolution de ce genre d'expérience négative est étroitement conditionnée par les projections fantasmatiques du sujet. Le Bardo Thödol, pour sa part, ne dit pas autre chose, depuis plus de treize siècles, en évoquant le rôle des formes-pensées générées par la conscience du sujet.

 

[…] Tout d'un coup, je compris que je n'avais qu'à cesser ma lutte, transformer ma résistance en soumission paisible et positive et dire tout simplement « oui ».

Au moment même où, en pensée, je dis « oui », ces souffrances cessèrent. Ma respiration se calma, la douleur physique disparut. Et à la place de ces mille morts, je fus gratifiée d'une expérience de renaissance qui ne saurait être décrite avec nos mots.

D'abord il y eut une oscillation ou pulsation très rapide au niveau du ventre qui se répandit dans tout mon corps. Mais ce ne fut pas tout. Car cette vibration s'étendit à tout ce que je regardais, que ce soit le plafond, le mur, le sol, les meubles, le lit, la fenêtre ou même le ciel que j'apercevais à travers la fenêtre. Les arbres furent pris par cette vibration et finalement toute la planète Terre. J'avais effectivement l'impression que toute la planète Terre, que chaque molécule, vibrait. Et ensuite je vis quelque chose qui ressemblait au bouton d'une fleur de lotus s'ouvrir devant moi pour devenir une fleur merveilleuse. Et derrière cette fleur de lotus[4] il y eut soudain la lumière dont mes malades avaient toujours parlé. Et lorsque j'approchai la lumière à travers la fleur de lotus ouverte et vibrante, je fus doucement, mais de plus en plus intensément, attirée par cette lumière, cet amour inimaginable, inconditionnel, jusqu'à me fondre complètement avec lui.

Cependant, dès l'instant où je m'unis à cette source de lumière, toutes les vibrations cessèrent. Un grand calme m'envahit et je tombai dans un sommeil profond qui ressemblait à une transe. En me réveillant je savais que je devais mettre une robe et des sandales pour descendre la montagne et que « cela » arriverait au lever du soleil.

En me réveillant à nouveau environ une heure et demie plus tard, je mis la robe et les sandales et descendis la colline. Là je tombais dans l'extase la plus extraordinaire qu'il est donné à un être humain de vivre sur cette terre. J'étais dans un état d'amour absolu et admirais tout autour de moi. Je me trouvais en communion d'amour avec chaque feuille, chaque nuage, chaque brin d'herbe et chaque être vivant. […] Et lorsque je fus arrivée en bas de la colline, je pris conscience qu'aucun de mes pas n'avait touché le sol. Je ne doutais pas de la réalité de ce vécu. Il s'agissait tout simplement d'une perception résultant de la conscience cosmique. Il m'était permis de reconnaître la vie dans chaque composant de la nature, avec cet amour qu'on ne saurait formuler.

[…] j'appris également que le mot « Shanti Nilaya », qui m'avait été communiqué lorsque je me fondis dans l'énergie spirituelle, cette source première de lumière, signifie le havre de paix final qui nous attend, ce chez-soi où nous retournerons tous un jour.[5]


 

[1] L’éveil de la kundalini sera abordé au chapitre VIII.

[2] La mort est un nouveau soleil, Presses Pocket, 1990, p. 146 et suivantes.

[3] Les nouvelles dimensions de la conscience, Éd. du Rocher, 1989.

[4] Dans le livre d'Élisabeth Kübler-Ross, outre le nom tibétain de sa propriété, on relève plusieurs références au bouddhisme, comme ici " cette fleur de lotus " qui renvoie au symbole bouddhiste de l'illumination, le lotus aux mille pétales.

[5] La mort est un nouveau soleil.

 

 


 

Haut de la page