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Extraits du chapitre 9

 

L'hypnose

 

L’hypnose n’a rien de magique

 Selon les opinions, l’hypnose passe pour une sorte de léthargie cataleptique résultant de l’influence quasi surnaturelle, pour le moins d’ordre parapsychique, d’un hypnotiseur tout puissant. Ses pouvoirs sont présumés à ce point extraordinaires que l’hypnotisé ne pourrait s’y soustraire. Pour d’autres, comme on le supposait par le passé, nous aurions affaire à l’expression d’une composante hystérique qui, dévoilée depuis, laisserait place aujourd’hui à la notion de pithiatisme.[1] À moins, prétendent certains, sans nuance, que l’hypnose ne résulte tout simplement de l’exploitation d’une certaine forme de crédulité.

L’ignorance des mécanismes sous-jacents à la transe hypnotique, lui conférant l’apparence d’un phénomène quasi magique, est évidemment la source de ces avis divergents. Entretenant la confusion, des artistes de music-hall ne se sont pas privés d’utiliser, avec grand talent parfois, cette soi-disant crédulité ou autre composante hystérique. Il n’en demeure pas moins que la transe induite par l’illusionniste n’a rien d’une illusion, elle, et ne diffère pas, hormis dans son objectif, de celle produite dans le cadre d’une thérapie par l’hypnose. Et si l’on ignore l’essentiel de ses mécanismes, on sait en revanche que le consentement du sujet en est un rouage fondamental. Sa bonne volonté, en quelque sorte, reste déterminante que ce soit lors d’une séance d’hypnothérapie ou d’une exhibition publique. Dans ce dernier cas le groupe, les spectateurs en l’occurrence, par son acquiescement implicite, offre un contexte des plus favorables à l’acceptation individuelle de cet état modifié de conscience.

Mais l’illusionniste n’est-il pas, malgré tout, un peu magicien ? Ne possède-t-il pas un don particulier ?

Au risque de démythifier ce savoir-faire, on ne peut invoquer de facteur inné pour justifier la maîtrise de la technique elle-même. Elle est à la portée de tout un chacun ou presque, car une part de qualités personnelles s’avère souhaitable. Pour cette raison l’apprentissage le plus rigoureux ne fera pas nécessairement de monsieur tout le monde un hypnotiseur qualifié. Dans les applications qui touchent à la médecine ou à la psychothérapie, une formation de haut niveau est absolument indispensable. Un équilibre psychique dans les normes est également un préalable évident à l’exercice de cet art.

Il n’empêche que, pareillement à tout domaine artistique, les virtuoses y côtoient des individus moins talentueux. Par ailleurs, la prestation pourra être de qualité inégale d’une séance à l’autre. Ce que l’on attribue généralement à la réceptivité fluctuante du patient, en liaison avec l’évolution de sa problématique. Mais également à la disponibilité du thérapeute, à sa forme, car la pratique de l’hypnose nécessite un investissement d’énergie important. Cela étant, le taux de réussite d’un hypnotiseur dépend non seulement de sa propre technique mais aussi et surtout, on en jugera plus loin, du prestige dont il jouit, de sa renommée. Ce dernier critère venant renforcer l’hypnotisabilité[2] du sujet.

Nul ne conteste aujourd’hui que la réussite d’une démarche thérapeutique dépend fortement de la motivation confiante du patient. Il ne saurait en aller autrement de l’hypnothérapie, bien au contraire. Aussi, lorsque l’on redoute de se soumettre pleinement à ce type de traitement, pour des motifs personnels qui sont d’ailleurs autant d’indicateurs précieux, son efficacité en sera diminuée. À terme, si l’on n’est guère disposé à succomber aux pouvoirs qu’on lui suppose, il vaut mieux renoncer.


 

[1] On définit le pithiatisme comme un « ensemble de troubles physiques se manifestant chez un sujet par la suggestion venant d'autrui ou par autosuggestion », Jacques Postel, op. cit.

[2] L'hypnotisabilité, terme un peu alambiqué, désigne la sensibilité d'un individu à la suggestion hypnotique. Je lui ai préféré, dans la suite, le mot « suggestibilité ».

 

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